Un procédé de traitement des ordures ménagères résiduelles qui valorise 90 % de la matière, avec retour au sol de l'organique, sans nuisances, peu coûteux et opérationnel : trop beau pour être vrai ? C'est pourtant le pari de plusieurs collectivités locales des Deux-Sèvres. « En 2008, la modification de la législation sur les déchets ménagers s'orientait vers l'interdiction de l'enfouissement pour les matières organiques non stabilisées. Comme nous cherchions une autre solution que l'incinération et le tri mécano-biologique, nous nous sommes tournés vers le procédé d'Oxalor, en développement sur notre territoire depuis plusieurs années », relate Francis Rogeon, conseiller municipal de Lusignan et président de la société d'économie mixte locale Méluzayen, qui exploite l'unité. Cette dernière, construite à Lezay, a reçu son autorisation d'exploiter en avril dernier. « C'est un procédé d'hygiénisation et de séparation assez archaïque, déjà utilisé dans l'Égypte ancienne. La nouveauté vient des machines », note l'élu. « En fait, c'est un procédé de traitement mécano-physico-chimique des ordures ménagères résiduelles », précise Jacques-Henri Gardeil, fondé de pouvoirs pour le transfert de cette technologie conçue à l'origine pour traiter les ordures brutes et qui la suit depuis quinze ans.
Le principe ? Les ordures ménagères sont mélangées à de la chaux vive, à hauteur de 7,5 %, et de l'eau. La réaction dégage de la chaleur (entre 80 et 95 °C), qui élimine les micro-organismes, évapore l'eau résiduelle (elle est récupérée et réintroduite dans le procédé). Après deux heures de ce traitement, les déchets sont transformés en une matière sèche, sans odeur, qui passe à travers un trommel pour séparer la fraction organique (0-6,5 mm) de l'inorganique. Cette dernière passe à travers les équipements classiques des centres de tri pour séparer métaux ferreux, non ferreux et différentes matières plastiques. Une opération d'affinage de la matière organique aboutit à une fraction inférieure à 3,5 mm. L'unité de 60 000 tonnes par an tourne actuellement à la moitié de ses capacités. « Elle produit 35 % d'un amendement organocalcique pour l'agriculture, 35 % de combustibles de substitution (CSR), 5 % de métaux, 5 % de films plastiques, 10 % de bouteilles plastiques, 5 % de refus d'organique réintroduits dans le procédé et 5 % de refus envoyés en centre d'enfouissement », détaille Jacques-Henri Gardeil.
Baptisé Oxyom, l'amendement organo-calcique convient particulièrement aux sols acides. Il est homologué conforme pour le retour au sol et dispose d'une autorisation provisoire de vente jusqu'en 2015. L'Anses étudie actuellement le dossier afin de pérenniser cette filière. Le coût de trai tement est d'environ 60 euros la tonne, hors TGAP.
Breveté, le procédé a été développé dans plusieurs unités pilotes, à Saint-Denis-de-Pile, en Gironde, de 1998 à 2002, à Lezay, déjà, entre 2004 et 2010, et enfin en Belgique chez Itradec entre 2008 et 2010. La SEML, qui compte comme actionnaires la Région Poitou-Charentes, les communautés de communes du Lezayen et du Pays Melusin, ainsi que les actionnaires d'Oxalor, a investi 7,5 millions d'euros dans l'usine et Oxalor, en propre, 4 millions. Oxalor est déjà en contact avec d'autres collectivités, en France et à l'étranger, et compte sur la modularité et la capacité à traiter de petits tonnages pour commercialiser d'autres unités.