RR: En qualité de responsable du recyclage, comment appréhendez-vous l'évolution de la directive VHU et en particulier ses objectifs de recyclage et valorisation à atteindre pour le 1er janvier 2015 ?
Julien Van Damme : En tant que constructeur, nous pensons que les taux de 85 % de recyclage et 95 % de valorisation sont possibles à atteindre même si cela reste difficile. Si nous intégrons des produits recyclables dans nos véhicules et spécialement des matières plastiques pour gagner en légèreté, il faut développer les techniques de tri et de séparation pour obtenir des matières recyclées de qualité. Il faut aussi admettre que certains matériaux (thermodurcissables ou composites chargés de fibre de verre) seront traités en valorisation énergétique. En tant que constructeur japonais, Honda suit avec attention l'évolution de la réglementation pour permettre à ses véhicules d'être conformes sur le marché européen. L'obligation pour nous est de montrer que nos voitures sont recyclables au regard des technologies de tri et de traitement existantes ou en devenir. Notre position n'est pas facile car nous sommes contraints d'évoluer en tenant compte de la recyclabilité de nos véhicules et des attentes du client. Cependant, la pression réglementaire est perçue au final comme une opportunité d'améliorer les voitures depuis leur conception jusqu'à leur fin de vie. Nous devons jouer alors sur tous les fronts : développer une voiture à faible consommation de carburant, à faible émission de gaz à effet de serre et hautement recyclable. Nous travaillons également sur la possibilité d'intégrer plus de résines issues de recyclage. Nous en sommes actuellement à 5 %, et ce n'est qu'un début.
RR : En tant que directeur du bureau scientifique au sein de Comité directeur de IARC, qu'attendez-vous cette année de cet événement ?
JVD : Je suis en effet dans le circuit depuis le début de l'IARC en 2000. À l'origine, le congrès s'intéressait aux nouvelles techniques de recyclage et aux aspects économiques de cette filière naissante. Ce rendez-vous a toujours été le reflet de l'évolution du secteur, en présentant à chaque fois le contexte réglementaire, les acteurs de la filière, les nouvelles technologies de traitement. C'est dans cette logique que cette année, nous attendons beaucoup des avancées sur la valorisation des batteries électriques, complexes à traiter et dont les composants ont une grande valeur ajoutée. Ce rassemblement d'acteurs du monde de l'automobile et du recyclage a l'intérêt d'aborder les solutions innovantes sous un éclairage environnemental et économique. Les constructeurs peuvent ainsi enrichir leurs connaissances techniques, que ce soit sur les nouveaux matériaux ou sur les procédés de traitement. Ils peuvent aussi entretenir leur réseau grâce à des prises de contact positives. Avec l'expérience, je considère que ce rendez-vous est fructueux. Il a permis à Honda Europe de développer des partenariats avec par exemple, l'unité de post-broyage ARN en Hollande et récemment avec la société française Snam pour la collecte et le recyclage des batteries de véhicules hybrides au niveau européen.