Dans le petit monde des entreprises du recyclage, beaucoup d'entre elles sont d'origine familiale et passent des parents aux enfants. Dans la famille De Wulf, le ferment était plutôt agricole et pour l'une des branches, flamand. Henri n'a pas suivi la voie tracée. Après s'être essayé à différents métiers, il opte, en 1988, pour la récupération et crée Big Bennes à Soignolles-en-Brie (Seine-et-Marne). À 28 ans, avec ses 50000 francs en poche, il loue un terrain jouxtant la ferme familiale, achète un camion et trois bennes. Dix ans plus tard, il fait l'acquisition d'un terrain industriel et reprend l'activité d'un récupérateur. Il développe, en parallèle de la location de bennes, l'activité d'achats de métaux au détail. Ce qui l'attirait dans cette profession somme toute nouvelle pour lui ? Les relations humaines, les contacts, le commerce. « Ça bouge plus vite que dans l'agriculture », dit cet homme pressé. Pour ne pas rester isolé, il rejoint très rapidement les rangs de la Fédération des entreprises du recyclage (Federec) : « J'ai appris le métier en observant les autres. » En 1997, il agrandit la surface de son site et fait construire des bâtiments neufs. L'activité s'est développée. « Je suis tout de suite allé chercher des matériaux auprès des différents clients pour éviter la mise en décharge et être indépendant. J'ai bossé quinze heures par jour pendant vingt ans pour y arriver », relate le chef d'entreprise. Dans cet espace-temps, « [nous] sommes passés de l'artisanat à une activité industrielle ».
Société de services
Sébastien, son fils, a 2 ans lorsqu'Henri ouvre Big Bennes. Comme beaucoup d'enfants de récupérateurs, il découvre les joies du chantier lors des jours de congé. Au lycée, l'élève est bon en maths, son père lui conseille l'option chimie, prévoyant déjà que son fils pourrait rentrer dans l'entreprise. À la fin de ses études, Sébastien travaille d'abord chez des confrères puis dans les travaux publics avant de rejoindre l'entreprise de son père et travailler de concert sur le projet de déchetterie professionnelle qu'il mûrit depuis 2007. En février 2011, Dépolia accueille ses premiers clients à Écuelles, à une trentaine de kilomètres du site historique. Les déchetteries des collectivités ne sont pas adaptées aux déchets professionnels. Cette nouvelle installation est conçue pour recevoir les matériaux classiques : métaux, bois, plastiques, mais également les déchets dangereux dont les bouteilles de gaz et l'amiante. Le site est doté d'un laboratoire d'analyse des produits et d'un chimiste en la personne de Sébastien. Aujourd'hui, les sites de Soignolles-en-Brie et d'Écuelles traitent quelque 100 000 tonnes de déchets par an. Big Bennes emploie quarante-sept collaborateurs ; Dépolia, huit, et le père et le fils ont constitué une filiale E3D destinée à démanteler les écrans d'ordinateurs. « Sébastien, insiste Henri, gère seul son affaire, nous faisons le point une fois par semaine. » Si le père n'aime guère parler de ses projets, le fils insiste sur ce qui lui semble essentiel dans le métier aujourd'hui, le service aux clients. « Nous sommes une société de services. »
Traçabilité des déchets déposés, respect des réglementations environnementales, développement des centres de tri à destination des artisans sont autant de sujets qui passionnent les deux hommes. Au-delà de la réception des déchets, Dépolia propose aux professionnels de repartir avec des matériaux, en particulier des granulats. « Cela reste un beau métier et toujours aussi passionnant », se félicite Henri. Le père et le fils ont certes deux caractères bien différents, mais des points de vue très proches. Ils tracent leur route et un pas est franchi : l'entreprise est désormais familiale.