Équipements de froid commercial, système de ventilation roof-top, matériels d'éclairage, scanners médicaux, couveuses, perceuses, baies téléphoniques, distributeurs de boissons et fontaines à eau, les DEEE professionnels offrent une grande diversité de matériels. Et des conditions de collecte plus contraignantes que leurs cousins du gisement ménager, qui profitent de la massification des flux à partir des déchetteries et de la grande distribution. Côté volumes, ils sont loin d'atteindre les tonnages du ménager (1,37 million d'EEE mis sur le marché) : les équipements professionnels mis sur le marché sont estimés pour 2012 (derniers chiffres publiés par l'Ademe) à 229 285 tonnes. « Je pense que la marge d'erreur est importante sur ce chiffre », avance Jean-Pierre Parisi, président du groupe de travail DEEE chez Federec. « Les mises sur le marché sont souvent en unités, les déchets en tonnes, et il y a des approximations sur le bâtiment, des catégories informatiques et télécoms qui basculent parfois vers le ménager. Les estimations sont difficiles à réaliser. » Idem pour le taux de collecte global à 7,7 %, correspondant aux 17 824 tonnes prises en charge par les systèmes individuels des fabricants et les trois éco-organismes (Écosystèmes Pro, Écologic et Récylum) agréés à partir de 2012. Il est sans doute en dessous de la réalité des tonnages collectés et valorisés par des filières en place depuis de nombreuses années. Car certains matériels, que l'on retrouve dans les catégories 1 (gros appareil ménager) à 4 (matériel grand public), contiennent une part importante de métaux nobles: cuivre, inox, aluminium, cartes électroniques. En 2010, l'Ademe avait estimé les volumes de DEEE professionnels entrés dans les centres de traitement à 140 000 tonnes. L'arrivée des éco-organismes et de leur savoir-faire en termes de reporting apportera sans doute une amélioration sur les données et la traçabilité.
Le point délicat de la logistique
Les DEEE professionnels proposent une plus grande diversité de tailles, de formes et de types d'équipements que les produits issus du gisement ménager. Si l'on ajoute la grande dissémination des flux chez les détenteurs, on comprend que la collecte et la logistique demeurent les points les plus délicats de la filière. La question des coûts entre aussi en ligne de compte : « On peut difficilement amalgamer des sous-catégories de DEEE pro car certains producteurs dont les équipements ont un traitement à valeur positive ne sont pas d'accord pour mélanger leurs produits avec d'autres, qui ont des coûts de traitement plus importants et des recettes liées aux matières moindres », note Jean-Pierre Parisi.
Une situation que rencontre par exemple Éco-systèmes sur des appareils de catégorie 1 et 2 (petits appareils ménagers) : « La filière est attractive quand il existe une problématique de dépollution, par exemple sur le froid commercial ou les appareils de climatisation avec moins de 2 kg de gaz frigorigène, mais il est plus difficile de capter des gisements à forte proportion de métaux sans dépollution quand des circuits de collecte sont déjà en place », explique Laurent Vacher, directeur de projet DEEE pro chez Éco-systèmes. « Des cuisines industrielles ou des appareils à souder sont des produits riches, avec de l'inox, du cuivre, de l'aluminium, et des coûts de traitement généralement peu élevés quand il n'y a pas de gaz à extraire. Il est difficile de dire à un détenteur d'abandonner des recettes potentielles et même parfois de se voir facturer un enlèvement », avance Jean-Pierre Parisi.
Pour certains matériels volumineux des catégories 1 et 2, comme les rooftop, les systèmes de climatisation et de ventilation des grandes surfaces, les cuisines industrielles, les équipements de lavage à sec en blanchisserie, ou encore les scanners de catégorie 8, les opérations de collecte peuvent nécessiter l'intervention d'équipements spéciaux comme des bras de levage. « Les produits les plus volumineux dépassent la tonne et nécessitent un enlèvement technique », indique Vanessa Montagne, directrice des partenariats et du développement chez Récylum. D'autres matériels comme les lits médicalisés, les couveuses ou les échographes peuvent être enlevés sur palettes. « Notre arrêté d'agrément nous oblige à intervenir chez un détenteur à partir de 500 kg, mais il n'est pas toujours évident de connaître le poids réel des équipements à collecter avant l'intervention, notamment quand il s'agit de bacs de collecte pour les petits matériels. » Pour les produits de petite taille (blocs d'éclairage, caméras vidéo, digicodes, détection incendie, petits dispositifs médicaux…), Récylum propose à ses clients des conteneurs mobiles dans le même esprit que la filière des lampes usagées (regroupées dans le gisement ménager quelle que soit leur origine). « On essaie au maximum de jouer sur les synergies entre les deux filières au niveau de la collecte », souligne Vanessa Montagne.
Un pourcentage de collecte variable selon les catégories
Récylum annonce de bonnes performances dans la catégorie 8 (DEEE du secteur médical) avec un taux de collecte significatif de 23 %, au-delà des objectifs 2014 de 15 %, pour 108 adhérents et près de 7 500 tonnes mises sur le marché. Quant aux catégories 5 (matériels d'éclairage, 141 adhérents pour 31 000 tonnes) et 9 (instruments de contrôle et de surveillance, 98 adhérents et 9 000 tonnes), les performances sont moindres, autour de 10 %, mais les gisements, issus principalement du bâtiment, sont plus diffus. « Depuis 2010, nous avons collecté près de 9 000 tonnes de DEEE professionnels, dont 2 000 tonnes en provenance du secteur médical », résume Vanessa Montagne.
De son côté, Éco-systèmes affiche un taux de collecte de 15 % sur la catégorie 10 (distributeurs automatiques) sur un total de 3 000 tonnes d'équipements mis sur le marché. « Sur ce secteur, il y a peu de metteurs en marché, la plupart ont adhéré à la filière et le fonctionnement en circuit assez fermé, avec des gestionnaires de parcs, permet d'atteindre de bonnes performances de collecte sur des distributeurs de boissons, de produits de snacking et des fontaines à eau », explique Laurent Vacher. En revanche, sur les catégories 1 et 2 (climatisation-ventilation, cuisine, froid commercial, pressing-blanchisserie), les circuits sont plus ouverts entre les fabricants, les utilisateurs et les détenteurs, d'où un taux de collecte de 8 % pour l'éco-organisme. Depuis le début de l'année, Éco-systèmes collecte en moyenne 60 tonnes par mois sur chaque catégorie : surtout des fontaines à eau, pour la catégorie 10, des pompes à chaleur, des équipements de froid commercial et de lavage à sec, en raison de la législation qui interdit le perchloréthylène et impose un remplacement des machines de plus de 15 ans, à partir du 1er septembre 2014.
Des équipements riches en métaux
La présence majoritaire d'acier et de métaux non ferreux sur une partie du gisement professionnel combinée, pour certaines catégories, à une présence limitée de plastiques, explique la présence de filières de collecte et de traitement pour certains produits.
« On peut estimer qu'on est sur des matériels à valeur positive, mais les questions de la logistique et de la manutention ne doivent pas être négligées », avertit Jean-Pierre Parisi. Sur les catégories 3 (équipements informatiques et de télécommunication) et 4, on trouve plus de plastiques, particulièrement chargés de retardateurs de flammes, avec les problématiques d'identification des polymères. L'avantage pour ces produits (UC, imprimantes, écrans, téléphonie) est qu'ils sont bien identifiés et traités, à la fois par la filière ménagère et par des systèmes individuels mis en place depuis de nombreuses années par des fabricants comme HP, Dell, Ricoh, Canon ou Xerox. Ces systèmes restent majoritaires malgré l'agrément d'Écologic, qui a collecté 1 373 tonnes toutes catégories confondues en 2013 sur 33 900 tonnes mises sur le marché. Si l'on fait exception des photocopieurs, des serveurs et des baies téléphoniques, les matériels sont les mêmes que pour la filière ménagère.
Selon les estimations d'Écosystèmes, les équipements de froid commercial contiennent environ 60 % de ferreux et 10 % de non-ferreux (cuivre et aluminium à parts égales). Les équipements thermiques ont aussi une forte proportion d'acier et 2 % de cuivre, « mais ce sont de gros équipements et les volumes de cuivre sont donc identiques à ceux du froid commercial », précise Laurent Vacher. Les équipements de ventilation sont constitués à 55 % de métaux ferreux et à 10 % de métaux non ferreux. « Ces produits ont une enveloppe imposante, mais on accède facilement aux moteurs avec un démantèlement manuel, ce qui offre une bonne qualité de fraction », résume Laurent Vacher. La catégorie 10 (distributeurs automatiques) propose plus de plastiques et une fraction verre sur certains distributeurs. Et, à l'avenir, la sophistication des machines entraînera une plus grande proportion d'écrans tactiles LCD et de LED. Quant aux catégories gérées par Récylum, elles contiennent majoritairement des métaux et des non-ferreux, mais certains produits ont des enveloppes plastiques plus importantes. « On trouve aussi des cartes électroniques, et il faut séparer des lampes restées dans des luminaires, et quelques accumulateurs », indique Vanessa Montagne.
Muscler la filière avec de nouveaux investissements
Pas de révolution au niveau du traitement. Hormis la question récurrente des plastiques bromés, les opérateurs ont les outils nécessaires pour traiter le gisement. Des investissements ont été engagés ces dernières années, notamment chez Paprec D3E, pour muscler la filière. « Selon les équipements à traiter, on peut emprunter des filières communes au gisement ménager, entre autres pour le froid commercial et les distributeurs réfrigérés avec des unités automatisées de traitement du GEM froid », note Laurent Vacher. Cette réalité se vérifie avec le démantèlement des matériels informatiques, via la technologie du Smasher, utilisée par Immark à Beaucaire (Gard) ou chez Paprec DEEE à Pont-Sainte-Maxence (Oise). « On retrouve les mêmes contraintes de traitement pour le ménager et le professionnel sur ces produits », confirme Jean-Pierre Parisi. Et, pour les produits plus spécifiques au gisement professionnel, comme les distributeurs et les systèmes de ventilation, le recours à une première étape de démantèlement manuel avant un passage au broyeur ne diffère pas des problématiques habituelles du traitement des DEEE.
Sur leurs catégories, les éco-organismes affichent des taux de recyclage supérieurs aux objectifs réglementaires (75 % du poids des équipements). Récylum présente un taux de recyclage de 83 %. Pour Éco-systèmes, le chiffre dépasse 87 % de recyclage et de valorisation sur la catégorie 10 produisant du froid, 82 % sur le hors-froid et 84 % sur les catégories 1 et 2. Quant à Écologic : plus de 90 % de recyclage et valorisation sur les catégories 1 et 2 et plus de 89 % sur les catégories 3 et 4.
La filière professionnelle souffre encore d'un déficit de notoriété, ce que l'arrivée des éco-organismes devrait permettre d'améliorer, tout comme elle devrait favoriser la remontée des informations pour sortir des estimations approximatives.
Si les performances de recyclage ne suscitent pas d'inquiétudes particulières, on ne peut pas en dire autant de la collecte, pierre angulaire de la filière. À la charge des acteurs du recyclage de travailler ensemble en bonne intelligence.