Comment justifier que l'on encourage le recours à l'hydrogène dans la mobilité, alors que sa production émet encore de grandes quantités de gaz à effet de serre ?
D'abord, par le fait que l'hydrogène apporte de l'autonomie aux véhicules électriques qui, eux, ne polluent pas et qui pourraient rester cantonnés à l'espace périurbain et aux voitures individuelles sans ce vecteur énergétique. On a tendance à opposer les deux technologies qui utilisent le même moteur, mais une gestion différente de leur alimentation. Ensuite, parce que c'est le vapocraquage de méthane qui est polluant. Or, même si le gaz peut nous permettre de lancer la filière et de développer de nouvelles applications comme la mobilité, l'enjeu est assurément de produire un hydrogène propre qui passera par l'électrolyse de l'eau en complément d'énergies renouvelables. Cette option a plusieurs avantages, dont celui de créer un pont avec la question de la gestion des réseaux électriques.
Certes, mais on développe une nouvelle offre alors que les principaux consommateurs d'hydrogène, comme les raffineurs et les fabricants d'engrais, continuent à polluer car l'électrolyse est un procédé coûteux…
Pour que les utilisateurs actuels changent leurs habitudes, l'équation économique va évidemment être déterminante. Mais attention aux généralités. L'hydrogène produit localement par électrolyse peut déjà s'avérer compétitif. Les sept dixièmes de son coût proviennent de l'électricité. Avec un prix de 60 euros le mégawattheure, on obtient un gaz à 5 ou 6 euros le kilo, en incluant l'amortissement du capital, ce qui est inférieur à ce que paient bon nombre d'entreprises. Deux autres facteurs peuvent les pousser à miser sur ce mode de production : l'amélioration de leur bilan carbone et la sécurisation de leur approv isionnement, puisqu'en dehors des rares zones couvertes par un réseau d'hydrogène, les utilisateurs sont livrés par camion.
Quels sont les enjeux de recherche, de développement, d'industrialisation pour la filière ?
Ils ne manquent pas. On se penche par exemple avec la Direction générale de la prévention des risques du ministère de l'Écologie sur l'évolution de la réglementation pour créer des nomenclatures adaptées à la production et à la distribution d'hydrogène. Le travail avance bien. La réduction des coûts et la durée de vie des piles à combustible embarquées dans les véhicules sont un autre enjeu majeur, même si on a déjà beaucoup progressé. On obtient aujourd'hui des résultats compatibles avec les besoins. Le taux de platine a par exemple été divisé par près de dix en quinze ans, si bien que les piles n'en contiennent pas plus qu'un pot catalytique (elles sont en outre recyclables). Les rendements, eux aussi, continueront à augmenter. Mais les principales attentes concernent peut-être l'industrialisation. Le marché de l'électrolyse plafonne actuellement à 200, voire 250 millions d'euros par an. Les sociétés du secteur sont artisanales. Avec les effets d'échelle, les coûts de production vont fortement diminuer. l