Un cadre réglementaire enfin stabilisé
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Pour Julien Dubourg, président exécutif de Citeo Pro, ce dispositif s’inscrit dans une dynamique européenne structurante, notamment portée par le futur règlement PPWR. Il concerne près de 1,7 million d’entreprises, appelées à réduire leur empreinte environnementale et à améliorer la gestion en fin de vie de leurs emballages.
Un modèle économique profondément revu
Dix-huit mois de concertation ont conduit à une refonte significative de l’architecture financière initiale.
Le principe de « reprise sans frais », envisagé dans les premières versions, a été abandonné. Jugé potentiellement inflationniste et susceptible de reproduire des effets indésirables déjà observés dans d’autres filières REP, il est remplacé par un mécanisme de soutien financier ciblé : des déductions appliquées directement sur les factures des détenteurs de déchets.
Ce modèle de « payback », soutenu par Citeo Pro, vise à limiter les dérives économiques tout en récompensant le tri à la source.
« Ces ajustements visent clairement à éviter les erreurs observées sur des dispositifs précédents. », Clara Seligmann, directrice des affaires publiques, Citeo Pro
Conscient du déficit initial de données sur un gisement particulièrement hétérogène, le législateur a également introduit une clause de revoyure à horizon 2027, permettant un recalcul des paramètres dès que la traçabilité et les coûts seront stabilisés.
Une double responsabilité pour les entreprises
La particularité de cette REP réside dans son caractère transversal : toutes les entreprises, des TPE aux grands groupes, tous secteurs confondus, sont potentiellement concernées et dans une position duale.
En tant que metteurs en marché, elles deviennent « obligées » dès lors qu’elles utilisent des emballages professionnels (fûts, palettes, caisses carton, films plastiques). Elles devront financer la fin de vie de ces emballages via une éco-contribution versée à un éco-organisme, conformément au principe pollueur-payeur.
En tant que détenteurs de déchets — lorsqu’elles réceptionnent et déballent des marchandises — ces mêmes entreprises deviennent bénéficiaires du dispositif. Elles peuvent alors percevoir des soutiens financiers ou des déductions sur leurs coûts de gestion des déchets.
Le périmètre sectoriel est particulièrement large : grande consommation, pharmacie, aéronautique, restauration et bien d’autres secteurs sont concernés.
7 à 8 millions de tonnes d’emballages : des priorités différenciées par matériau
La réforme cible un volume annuel estimé entre 7 et 8 millions de tonnes d’emballages à usage unique. Les enjeux varient fortement selon les matériaux.
MatériauSituation actuelleObjectif / EnjeuCarton et boisTaux de recyclage ~90 %Performances jugées satisfaisantesPlastiqueTaux de recyclage à 26 %Atteindre 55 % d’ici 2030, soit +300 000 tonnes captéesMétauxTaux entre 20 % et 30 %Priorité à la traçabilité pour isoler la fraction emballage
Le réemploi change quant à lui de dimension : il devient un axe structurant du dispositif, avec des objectifs ambitieux :
- 40 % des emballages de transport réemployés d’ici 2030
- 70 % à horizon 2040
Citeo Pro entend jouer un rôle d’amorçage pour des modèles encore insuffisamment rentables, comme les caisses réemployables, via un accompagnement technique et financier dédié.
Le principe clé : chaque matériau couvre ses propres coûts
Le coût global de la filière est estimé à 600 millions d’euros par an à l’horizon 2030. Le cahier des charges consacre un principe structurant : chaque matériau doit financer sa propre filière de gestion.
Ce principe suscite des tensions, notamment dans la filière carton. Forte de performances déjà supérieures aux objectifs européens, elle redoute de financer indirectement la montée en puissance d’autres matériaux — en particulier le plastique.
« Il est hors de question que le carton finance le recyclage des plastiques. », Julien Dubourg, président exécutif, Citeo Pro
Sur le plan opérationnel, les soutiens seront répercutés via des déductions sur les factures des opérateurs de déchets. Les grandes entreprises pourront contractualiser directement avec Citeo Pro ; des dispositifs simplifiés sont prévus pour les TPE et PME.
La traçabilité : facteur clé de succès (et principal défi)
La traçabilité conditionne à la fois l’efficacité environnementale et l’équilibre économique du dispositif. Elle reste pourtant le principal point de fragilité de la réforme.
La question est particulièrement critique pour les métaux, où les difficultés d’identification des flux faussent les taux de recyclage apparents.
« Il faut littéralement mettre le nez dans la benne pour isoler la part relevant de l’emballage. », Experts de Citeo Pro
Au-delà de l’aval, la traçabilité doit également être assurée en amont, dès la mise en marché — un exercice souvent complexe dans des chaînes logistiques fragmentées.
Pour limiter les distorsions de concurrence et la surcharge administrative, Citeo Pro envisage des coopérations avec des éco-organismes du Benelux afin d’harmoniser les méthodologies à l’échelle européenne.
Vers une simplification pour les entreprises multi-filières REP
Dans cette logique, Citeo Pro a engagé un partenariat stratégique avec l’éco-organisme Ecomaison, visant à simplifier les démarches des entreprises soumises à plusieurs filières REP simultanément.
Cette coopération cible en priorité les secteurs du bâtiment, de l’ameublement, du bricolage et du jardinage, fortement générateurs d’emballages, et permettra notamment d’optimiser la gestion des flux de bois et de palettes en déchetteries, en s’appuyant sur l’expertise opérationnelle d’Ecomaison.
Ce qu’il faut retenir pour les entreprises
- Date clé : entrée en vigueur au 1er juillet 2026
- Double statut : la plupart des entreprises sont à la fois « obligées » (metteurs en marché) et bénéficiaires (détenteurs de déchets)
- Enjeu prioritaire : le recyclage du plastique professionnel (objectif +300 000 t/an d’ici 2030)
- Mécanisme incitatif : un « payback » récompense les entreprises performantes en matière de tri
- Clause de revoyure prévue en 2027 pour recalibrer le dispositif