Le black-out, cette coupure généralisée du courant sur tout un territoire, est l'accident que redoutent le plus les opérateurs d'électricité, producteurs et distributeurs. RTE (Réseau de transport d'électricité) tire régulièrement la sonnette d'alarme, signalant que les risques seront de plus en plus fréquents si la demande croît au même rythme qu'aujourd'hui. Déjà, la régulation du réseau est un souci de chaque instant : il faut maintenir en permanence un équilibre constant entre production et consommation. Au moindre déséquilibre (inférieur à 1 %), il faut le compenser d'urgence pour éviter la panne générale. Et, pour ce faire, le réseau fait appel à des productions ponctuelles flexibles, en majorité d'origine fossile, même si certains attribuent aussi ce rôle à l'hydraulique. L'augmentation de ces risques doit-elle cependant justifier de disposer de plus de centrales fossiles pour garantir la stabilité du réseau ? La réponse devrait être évidemment négative au regard du réchauffement climatique. Restent les économies d'énergie. Déjà aujourd'hui, en cas de besoins ponctuels élevés, les très gros consommateurs industriels sont invités à cesser leur production pour soulager le réseau. Mais ces perturbations ne sont pas acceptables sur la durée. C'est pourtant dans le même esprit que Voltalis entend travailler, mais en impulsant des allégements de consommation chez tous les consommateurs d'électricité, et en priorité chez les particuliers.
Coupures sans conséquence
Cette jeune entreprise au capital industriel a développé un boîtier, baptisé Mombox, qui assure le suivi détaillé de la consommation du logement et pilote des modulations ponctuelles de consommation. En clair, il peut couper la consommation liée au chauffage, à la climatisation ou au chauffe-eau pendant quelques minutes (donc sans nuire au confort) dès qu'il est informé (par Internet) des besoins du réseau. « L'effort est réparti sur une multitude de foyers. Il est transparent et évite de solliciter les centrales polluantes », explique Jéromine Albertini, directrice des partenariats. Voltalis met à disposition gratuitement ses boîtiers, indemnise le foyer (50 à 100 euros par an, en plus des économies d'énergie liées aux coupures) et revend cette « production négative » à RTE.
Le statut de Voltalis n'est cependant pas celui de producteur au sens légal. « La Commission de régulation de l'énergie nous reconnaît un statut d'opérateur d'électricité », précise Pierre Bivas, le fondateur de l'entreprise. D'une certaine manière, Voltalis se positionne cependant comme concurrent des producteurs, mais en même temps contribue à la sécurité et donc à garantir leur propre marché. « Nous entendons bien nous limiter à cette activité de secours », rassure d'ailleurs Pierre Bivas. Cela dit, ce potentiel ne sera pas négligeable puisque d'ici quatre ou cinq ans, Voltalis espère bien avoir installé un million de Mombox, soit la puissance installée de 5 tranches nucléaires (environ 5 000 MW sur une puissance nationale d'environ 50 GW). Aujourd'hui, après une phase de validation avec des partenaires immobiliers (quelques centaines de boîtiers), le principe est en cours de déploiement. Il devrait atteindre un seuil critique suffisant l'hiver prochain, avec plusieurs dizaines de milliers de Mombox opérationnelle et une puissance potentielle suffisamment importante pour intéresser effectivement RTE. À terme, d'autres cibles que le thermique pourraient être envisagées.