« Le Conseil régional de Picardie recherche JRI (journaliste reporter d'images). Le titulaire du poste sera chargé(e), sous l'autorité du responsable de l'équipe web, de réaliser des interviews et de monter un sujet dans la même journée. Pour certaines manifestations, vous serez amené(e) à effectuer des «directs» pour notre web TV... » Des annonces comme celle-ci, publiée sur le site des anciens d'une école de journalisme, risquent d'être de plus en plus fréquentes. La vidéo occupe en effet une place croissante sur les supports internet des collectivités territoriales. Un phénomène qui se justifie de manières différentes pour les entités qui se lancent dans l'aventure de la web TV.
Pour la communauté d'agglomération de Périgueux par exemple, il s'agissait avant tout de valoriser l'équipement haut débit mis en place sur les treize communes de l'EPCI. « Il nous semblait logique que le site de la CAP serve de vitrine aux équipements technologiques mis en place sur notre territoire. Pour ce faire, recourir à la vidéo était tout indiqué », explique Martine Chauvineau, chargée de communication de la CAP.
Depuis février 2007, la CAP diffuse donc chaque mois (sauf en août) un journal télévisé de six minutes faisant le tour de l'actualité. Une réalisation confiée à News Scoop, une société de production audiovisuelle basée à Périgueux, ce qui permet de limiter les frais. « Lors de la consultation lancée pour choisir le prestataire, les tarifs proposés allaient du simple au quadruple entre les agences locales et celles installées en Gironde. L'audiovisuel a un coût, certes, mais on peut arriver à limiter les frais en cadrant bien la demande. »
Un investissement d'autant plus intéressant qu'il est très apprécié par la population. « Tout le monde aime se voir à la télévision : nous accordons donc une large place aux interviews et aux micro-trottoirs réalisés auprès des habitants. Mais pour être crédible, le journal devait absolument faire la part belle à l'information - même s'il s'agit d'un outil de communication. On s'attache donc essentiellement à présenter les projets plutôt que les points de vue des politiques », précise Martine Chauvineau. Du coup, les élus n'ont qu'une place limitée dans les reportages proposés par Julie, la jeune présentatrice du journal.
Une TV au service des habitants
Tout comme sur la web TV du Conseil général du Val-de-Marne, où les élus se font très discrets. Un média lancé en juin 2006, réalisé à 90% en interne par trois cameraman/réalisateur et un preneur de son polyvalents, qui assurent tournage, montage et mixage des reportages. « En deux ans, nous avons réalisé plus de 300 vidéos parlant de la vie du département », explique Daniel Roussel, responsable des services audiovisuel et multimédia du CG 94. « La ligne éditoriale de notre web TV est simple : il s'agit d'exposer en images les politiques et les projets mis en oeuvre par le département, afin de les rendre plus explicites et vivants. C'est une télévision institutionnelle, qui complète l'information donnée par le site internet. Mais c'est aussi et surtout une télévision de proximité, dont les habitants constituent les principaux acteurs.»
Au programme : de nombreux reportages sur des thématiques liées aux compétences du département (éducation, logement, solidarités, jeunesse, santé, économie, culture...). « Les sujets durent en moyenne trois minutes, soit plus du double par rapport aux reportages TV classiques. Et nous créons aussi de nouvelles émissions, à l'exemple d'Existences, qui va s'attacher à montrer le quotidien des Val-de-Marnais. Les séquences filmées seront diffusées aux élus amenés à réagir sur les problématiques abordées. Mais le ou les habitants filmés auront finalement le dernier mot à travers une dernière séquence. »
Des recrutements en perspective
Une TV web institutionnelle mais très axée sur l'humain, pionnière dans son genre, et dont compte bien s'inspirer le Conseil régional de Picardie. « Voilà près de deux ans que nous réfléchissons à la mise en place d'une télévision sur internet. D'ailleurs, lors de la refonte du site, nous avons intégré le support vidéo et faisons réaliser par des prestataires 10 à 15 sujets par an », explique Ludovic Candelier, directeur des missions services au public et chargé du dossier web TV en région picarde. « Nous recrutons actuellement un JRI afin de gagner en souplesse et en rapidité, ce qui nous permettra d'être plus réactifs et en phase avec l'actualité. La web TV que nous allons mettre en place d'ici quelques mois proposera des reportages de trois à sept minutes, mais aussi des documentaires de 36', avec notre propre logique éditoriale. Parmi nos objectifs : la valorisation des initiatives locales, insuffisamment couvertes aux yeux de nos habitants par France 3 Picardie - rattachée au siège lillois de France 3 Lille. Mais nous comptons aussi dynamiser les échanges entre les habitants de nos trois départements (Aisne, Oise et Somme), pour faire en sorte qu'ils se connaissent mieux. »
Avec sa Web TV, la Picardie compte également coller à l'évolution des médias, la presse écrite, tant nationale que régionale, accordant elle aussi une place croissante à l'audiovisuel sur ses sites. Et pourquoi pas, poser les jalons d'une future chaîne de télévision numérique terrestre. Affaire à suivre.