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TERRITOIRES

Poux à l'école : y a-t-il un pilote dans l'avion?

LA RÉDACTION, LE 20 JUILLET 2009
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Contrairement aux idées reçues, les poux ne prolifèrent pas sur la saleté, mais sur le manque d'engagement et de coordination de leurs adversaires. Ce qui est le cas dans la plupart des communes, à l'exception notable de Tours et de Montereau, où l'on s'efforce de prendre le pou par les cornes... Les spécialistes de poux sont peu nombreux en France, mais ils sont formels : le problème ne saurait être réglé par la découverte du produit miracle. Certes, comme l'explique la parasitologue Catherine Combescot-Lang, de la faculté de Pharmacie de Tours, il vaut mieux utiliser les produits engluants (Duo LP Pro, Nyda...), contre lesquels les poux ne peuvent en principe développer aucune résistance. Mais en accordant trop d'importance à la réponse chimique, on risque tout simplement de passer à côté de l'essentiel : aucun traitement, même efficace à 100%, n'a la moindre chance d'aboutir s'il n'est pas appliqué de manière « collective et concomitante », selon la formule de Catherine Combescot-Lang. Autrement dit : il faut traiter tout le monde, et en même temps. A Tours : un programme pour toutes les écoles Car il suffit d'un seul enfant non traité, ou traité après les autres, pour relancer l'épidémie. « N'oublions pas qu'il y a une vie des poux avant, mais aussi après l'école. Dans l'idéal il faudrait traiter non seulement les élèves, mais les familles, les habitants de la ville, du pays... », explique-t-elle. « Il faudrait aussi instaurer un jour de traitement, le même pour tous et de préférence le samedi soir, afin que tous les enfants arrivant à l'école le lundi aient été traités. Tout le reste est une question de bon sens. Il faut traiter non seulement les cheveux, mais aussi tout ce qui est en contact avec eux : chapeaux, capuches, taies d'oreiller, draps, têtes de fauteuil... ». Or traiter tout le monde en même temps est chose impossible si personne ne s'occupe de coordonner l'action au niveau global de l'école, voire du quartier ou de la ville : libérer la parole pour permettre le dépistage, informer les familles, vérifier, jusque dans la salle de bain, que les consignes sont respectées par tous... A Tours, c'est Jean-Pierre Cheneveau, inspecteur de salubrité au service Hygiène et Santé de la mairie, qui s'en charge. « En me déplaçant chez les gens, j'ai réalisé que les choses les plus évidentes avaient parfois besoin d'être expliquées. Il m'est arrivé de tomber sur des salles de bain tellement encombrées qu'on ne pouvait tout simplement pas accéder au lavabo, ou encore d'entendre des mères me dire que ça les dégoûtait de chercher les poux sur la tête de leur enfant. Il y a un énorme travail d'explication à faire directement auprès des familles, une véritable éducation à l'hygiène qu'aucun discours public ou officiel ne saurait garantir. » Des résultats plus que probants C'est en 1984, quand des parents ont menacé dans les colonnes d'un journal local de retirer leurs enfants de leur école, que la ville de Tours a décidé de s'attaquer au problème des poux. En examinant la situation dans cinq maternelles, les services de la mairie ont constaté que pour l'une d'elles, jusqu'à 61% des enfants étaient touchés. « Les chiffres étaient à peine meilleurs pour les autres », se souvient Jean-Pierre Cheneveau. « Nous avons donc proposé un programme d'action pour ces écoles, dans le cadre des demandes de crédits régionalisés. Notre proposition a été retenue par la DRAS. Depuis, un programme ciblé s'est peu à peu mis en place pour toutes les écoles de la ville. » Résultat : depuis l'année scolaire 2003-2004, plus aucune école de la ville n'est au dessus de la barre des 15%. Sur les 53 écoles visitées en 2007-2008, 40 sont en dessous des 5%, 11 sont entre 5 et 10% et 2 entre 10 et 15%. Le taux global régresse chaque année, et 8 écoles maternelles et 2 écoles élémentaires sont aujourd'hui reconnues exemptes de tout signe de présence de poux. Mais partout ailleurs, ou presque, la médecine scolaire et les personnels de l'école se refilent la patate chaude. « La lutte contre les poux relève de la politique de petite santé publique, c'est pourquoi il est très difficile de définir les compétences en la matière », explique Jean-Pierre Cheneveau. « Les personnels de l'école vous diront que c'est un problème de santé et qu'il faut s'adresser à la médecine scolaire. Les médecins scolaires vous diront que c'est un problème d'hygiène et qu'il faut s'adresser aux personnels de l'école. Résultat: personne ne s'en occupe ».Et personne ne finance. Quand les parents prennent les choses en main... A Montereau (Seine-et-Marne), Francine Tétu s'est inspirée de l'expérience tourangelle pour mettre en place un dispositif chapeauté par la Caisse d'allocations familiales, où elle travaillait. Mais les habitants ont dû très vite s'emparer du projet, faute de véritable soutien institutionnel. « Après quelques années d'investissement, la CAF a souhaité refermer le dossier, et il ne fallait plus trop compter sur la mairie, qui s'impliquait de moins en moins. Les habitants de Montereau ont donc dû se prendre en charge. Ils ont créé un collectif de Santé Communautaire, ce qui leur a permis de prétendre aux aides pour le Développement social local (DSL) ». Mais même avec cela, l'argent obtenu ne suffisait pas à financer les actions d'information, de prévention et de traitement nécessaires : pour obtenir d'autres financements, le collectif a dû coupler le problème des poux avec celui des caries, estampillé « santé publique » et donc davantage pris au sérieux... « Les sommes obtenues au titre de la politique de la ville étaient insuffisantes et il n'était pas possible de faire entrer cette action dans une politique de santé. Il a donc fallu coupler le problème des poux avec le celui des caries. C'est en mettant la santé bucco-dentaire en tête de ses préoccupations que le collectif a pu obtenir une aide de l'Assurance Maladie. On peut dire que c'est la thématique dentaire qui a permis de sauver notre programme de lutte contre la pédiculose », explique Francine Tétu. Aujourd'hui, ces deux thématiques sont abordées ensemble par le collectif. Il organise des théâtres de marionnettes et des contes sur le thème des poux et de la santé dentaire, et sa « fête des poux » est devenue la « fête des poux et des caries ». Le but : dédramatiser, pour faciliter le dépistage, et donc le traitement. Autant dire que le combat contre les poux doit se mener au moins autant « dans » les têtes que « sur » les têtes, comme se plaît à dire Francine Tétu. Mais l'équilibre est parfois difficile à trouver: « Certes, il faut dédramatiser auprès des familles, mais il ne faut pas minimiser le phénomène d'exclusion qui va avec. C'est là que le politique a un rôle à jouer. Or c'est là qu'il est généralement absent ». Ceux qui choisiront de rester passifs trouveront peut-être un moyen de se rassurer à bon compte dans les conclusions d'une étude britannique récente, affirmant que l'exposition à certains parasites, notamment les poux, pourrait être bénéfique aux mammifères, et donc à l'homme. Selon l'étude, les populations humaines vivant dans des environnements dépourvus de parasites, comme c'est le cas dans les pays développés, auraient plus de chance de développer des troubles allergiques et auto-immunitaires tels que le diabète, l'arthrite rhumatoïde, l'asthme ou la sclérose en plaque, provoqués par une suractivation des réactions immunitaires (lorsque notre système immunitaire attaque les cellules de l'organisme ou des substances inoffensives au lieu des envahisseurs). Il y aurait donc peut-être un lien entre le développement de ces maladies et la faible exposition de nos organismes à certains parasites, tels les poux, qui ont l'avantage d'empêcher les phénomènes d'autodestruction, en offrant une cible à notre système immunitaire... Mais est-ce une raison suffisante pour laisser les poux envahir nos écoles ?


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