Un vieux rêve de l'Association HQE prend enfin corps. L'Ademe va en effet annoncer la naissance de Bâti-QE, un réseau national regroupant les quinze centres de ressources régionaux pour la qualité environnementale du cadre bâti qu'elle subventionne ainsi que les associations HQE, Résobat et Effinergie. « L'idée de la création de ces centres est née au sein de l'Association HQE, peu après sa naissance en 1996. Le besoin de remontées du terrain s'est vite fait ressentir, avec, en ligne de mire notamment, la constitution d'une base de données des opérations HQE menées dans l'Hexagone. Mais le projet s'est vite essoufflé, faute de moyens », retrace Yves Moch, coordonnateur du réseau à l'Ademe.
Plus de dix années passent avant que l'agence ne reprenne finalement le dossier en votant, fin 2006, une procédure d'aide au financement de ces centres QECB chargés de recenser les initiatives locales et d'informer, conseiller et mettre en réseau les professionnels. « L'attribution de ces aides a nettement accéléré le mouvement. Quinze régions sur vingt-six disposent désormais de leur centre (cf. carte, p. 46). À terme, toutes seront couvertes », assure Yves Moch.
La constitution en réseau national devrait favoriser les échanges entre animateurs de centres, mais celui-ci prendra surtout corps au travers de son site Internet, un portail qui renverra vers ceux des centres, proposera diverses ressources documentaires et cette fameuse base de données nationale des opérations qui auront traité « au moins une cible de la démarche HQE ». « Après une période de test, les animateurs des différents centres commencent tout juste à la renseigner », indique Yves Moch. Et cela ne va pas se faire du jour au lendemain ! « Nous avons déjà recensé trois cents opérations de construction et une centaine d'aménagements. Adapter et saisir chaque fiche dans ce nouveau système d'information va nous prendre du temps », prévoit Claire Vilasi, animatrice du centre Rhône-Alpes géré par l'association Ville et aménagement durable ( VAD). Car, en dépit des aides de l'Ademe (35 000 ou 70 000 euros par an selon la taille de la région), les centres existants disposent de moyens relativement modestes au vu des enjeux. D'autant que ce financement ne leur est accordé que pour deux ans, reconductible une seule fois. « C'était déjà le cas pour les subventions allouées aux espaces info énergie, dont l'agence n'a jamais véritablement réussi à se dégager. L'objectif reste toutefois que les centres, toujours issus d'une dynamique locale, deviennent autonomes financièrement », précise Yves Moch. L'objectif peut sembler utopique, en tout cas à court terme. Derrière ces centres de ressources se cachent en effet une multitude d'acteurs à la culture et au fonctionnement différents.
En Paca, Envirobat Méditerranée dispose ainsi d'une équipe de sept personnes et d'un budget annuel de 485 000 euros alimenté à 70 % par l'Ademe, la Région et l'Europe. Le reste provenant des dons et des cotisations de ses adhérents. Car seuls les professionnels appartenant à une des associations de Résobat peuvent accéder au centre de ressources en ligne baptisé Enviroboite, qu'ils peuvent eux-mêmes alimenter. « Les ressources généralistes sont d'accès libre, mais pas les documents que produisent notre équipe ou nos adhérents (fiches matériaux, synthèses techniques...). Il nous semble important de conserver cet esprit collaboratif au niveau du réseau », défend Nicolas Guignard, animateur de l'Enviroboite. Ekopolis, un autre membre, né en juin sous la houlette de l'Union régionale des CAUE d'Île-de-France, n'a pas suivi la même voie. « Nous mettons nos ressources en accès libre, mais sans subventions, nous ne fonctionnerions pas ! Il nous faut trouver un modèle économiquement viable et plus rassurant », indique son coordonnateur, Thomas Phillipon. Ainsi, seulement une partie des données sera accessible à tous sur le site de BatiQE.
Plusieurs logiques s'affrontent donc, ou du moins se confrontent, au sein du réseau. Les CAUE comme Résobat souhaitent d'ailleurs participer à l'émergence de nouveaux centres dans les régions qui en sont encore dépourvues. « Grâce à leurs trente ans de recul sur les territoires, leur grande habitude de conseil auprès des collectivités, les CAUE ont assurément un rôle important à jouer », considère Thomas Phillipon. Mais parfois les jeux d'influence entre structures, les relations parfois tendues entre personnes compliquent la donne. « Le CAUE de l'Isère, qui a conclu des conventions de conseil avec 530 municipalités, aurait pu assumer le rôle de tête de pont en Rhône-Alpes, mais le manque de structuration régionale a laissé le champ libre à VAD... », illustre le jeune coordonnateur d'Ekopolis. On peut également citer l'exemple de la Franche-Comté, région active dans le domaine mais où aucune structure ne s'est détachée à cause de leurs relations compliquées ou celui encore différent de la Corse, qui compte peu de professionnels du bâtiment et un couple Région-Ademe moins moteur, peut-être par manque de moyens... Un subtil jeu d'acteurs qu'Yves Moch ne veut certainement pas contrarier en gardant le secret sur les « quelques projets » de centres QECB qui pourraient voir le jour l'an prochain...