La Région Ile-de-France se définit comme une « Éco-Région ». S'agit-il d'une accroche pour « faire tendance » ou d'une réalité mesurable par des actions concrètes ? « Cela consiste à mettre le développement durable au coeur de toutes nos actions. La construction de logements, les investissements dans les transports en commun, le plan pour l'agriculture bio : ces politiques, comme toutes les autres, ont contribué à bâtir la première Eco-Region d'Europe. Être une Eco-Région représente plus qu'un concept, c'est un pari sur l'avenir », explique Jean-Paul Huchon, président du Conseil régional. Parmi les « éco-actions » engagées par le Conseil régional, un vaste programme concernant les lycées.
Des conseillers environnementaux sur le terrain
Depuis cinq ans, le Conseil régional d'Ile-de-France a initié au sein des 470 lycées dont il est propriétaire et maître d'ouvrage, une politique axée sur la prise en compte du développement durable et solidaire. « Depuis 2004, tout chantier voté prévoit des objectifs de Qualité environnementale de plus en plus exigeants, en matière de construction neuve, comme de rénovation. Ces objectifs concernent désormais soixante-sept opérations, dont vingt « chantiers verts » actuellement en cours. Deux réalisations exemplaires ont d'ailleurs été livrées à la rentrée 2009 : le lycée Jean-Moulin de Rosny-sous-Bois (93) et le lycée Robert-Schuman de Charenton-le-Pont (94). Tous les deux ont obtenu la certification « NF Bâtiment tertiaire - Démarche HQE® », souligne Elisabeth Gourevicth, vice-présidente de la Région chargée des lycées.
La qualité environnementale, ce sont quatorze cibles avec des exigences axées autour de quatre thèmes : l'éco-construction (chantier à faibles nuisances, choix des matériaux...) ; l'éco-gestion (de l'énergie, de l'eau, des déchets) ; le confort des usagers (hygrothermique, acoustique...) et la santé (qualité de l'air, de l'eau...). « Des conseillers environnementaux sont missionnés par la Région tout spécialement pour mettre en place ces projets et les budgets dédiés à ces chantiers sont augmentés de 10 % pour répondre aux surcoûts engendrés. En retour, ce sont entre 20 et 40 % de réduction de consommation d'énergie obtenus par rapport à un lycée neuf non HQE et 50 % d'économie d'eau », précise-t-on au Conseil régional.
Quatre lycées « zéro énergie »
Dans le domaine de l'énergie, les objectifs ont tout particulièrement été renforcés : « La Région a lancé huit projets de « basse consommation », en anticipation des exigences du Grenelle, et quatre projets de lycées « zéro énergie » dont les deux premiers ont été votés début juillet : la construction de la première tranche du lycée international de Noisy-le-Grand (93) avec un internat de cent cinquante lits et celle d'un lycée à Boulogne-Billancourt (92). » Cet objectif « zéro énergie » vise à rendre nul le bilan énergétique d'un bâtiment. La consommation énergétique y est donc limitée au strict minimum et compensée par une production équivalente. Pour compenser la part d'énergie fossile nécessaire, il est donc prévu une source renouvelable de production d'énergie (énergie photovoltaïque vendue au réseau par exemple). Pour ce type de bâtiment, il faut alors compter un investissement complémentaire de l'ordre de 20 %(soit 7 à 8 M d'euros pour un lycée d'enseignement général) par rapport aux constructions actuelles. En retour, un tel bâtiment consomme dix fois moins d'énergie qu'un lycée neuf réglementaire et son impact en CO2 est donc très minimisé.
La gestion des déchets
En septembre 2006, la Région a décidé d'engager une réflexion sur la gestion des déchets au sein des lycées et une étude a permis d'estimer la production moyenne d'un lycée à 130 tonnes annuelles. La majorité des établissements (79 %) dispose de stocks de déchets encombrants : ils sont estimés à 910 tonnes au total pour l'ensemble des lycées et proviennent principalement :
- des déchets d'équipements électriques et électroniques (300 tonnes) : matériel informatique à 80 %, équipements électroménagers, matériel de mesure ;
- des encombrants et mobiliers (environ 500 tonnes) ;
- des déchets dangereux (produits chimiques de laboratoire) estimés au total à 60 tonnes.
L'action de la Région se déploie selon trois axes :
- le déstockage, avec la mise en place d'un marché régional pour la gestion pérenne des DEEE ;
- le développement de groupements de commande associant des lycées pour la gestion des déchets toxiques et dangereux des laboratoires et des ateliers d'une part et, d'autre part, pour celle des déchets d'activités de soins ;
- l'amélioration du tri sélectif pour le papier et les cartons d'emballage.
Le bio dans les cantines
La priorité en début de mandature a été de permettre aux familles à faibles revenus d'envoyer leurs enfants à la cantine grâce à une aide financière régionale qui peut atteindre 200 euros par an et par élève. La Région a ensuite décidé de se pencher sur le contenu des assiettes et, dès 2005, a mis en place un dispositif pilote dans six lycées afin d'expérimenter l'introduction des produits biologiques à la cantine. Ces lycées étaient accompagnés dans cette démarche par des professionnels partenaires de l'opération (comme le GAB, groupement d'agriculteurs biologiques, la FNAB, fédération nationale des agriculteurs biologiques) pour les éclairer sur l'approvisionnement en produits, les surcoûts induits, la sensibilisation des élèves et la formation des personnels. Forte de résultats encourageants, la Région a décidé cette année d'ouvrir l'expérimentation à vingt-cinq autres lycées. Une enveloppe de 200 000 euros est consacrée à cette expérimentation, essentiellement pour la prise en charge des surcoûts d'achats des produits.
À la fois témoins et acteurs de cette marche déterminée vers une « éco-responsabilisation », les 495 000 jeunes qui fréquentent les lycées franciliens sont à bonne école pour que le développement durable et la préservation de la planète soient bien plus que des concepts.