Confrontée à un stress hydrique chronique et à une pression touristique qui quadruple sa population en période estivale, la Communauté de Communes Albères – Côte Vermeille – Illibéris (CCACVI) a engagé une profonde modernisation de son réseau d’eau. Sur un territoire qui accueille près de cinquante campings et affiche une consommation annuelle de 4,4 millions de mètres cubes, la collectivité a dû réagir pour sécuriser la ressource.
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La télérelève, moteur de performance
Pour renforcer l’efficacité de son service, la Régie des Eaux s’est associée à Itron afin de déployer un réseau intelligent fondé sur la télérelève et la sectorisation de son vaste maillage. La technologie sans fil LoRaWAN a été adaptée à la relève des compteurs d’eau, au suivi des capteurs de pression et à la supervision des déversoirs d’orage, offrant une vision fine et continue du réseau.
Amorcé dès 2021 avec l’installation de plus de 4 200 compteurs communicants ciblant les gros consommateurs, le déploiement a été accéléré à la suite de la sécheresse de 2022. Malgré les craintes initiales de certains élus face à un possible rejet des usagers, l’urgence hydrique a fait consensus. « On redoutait un effet de réticence type Linky, mais 2022 a été le levier indispensable pour lever ces craintes et passer à un déploiement total », explique Marion Galaup. L’objectif est désormais d’équiper les 42 000 abonnés du territoire d’ici 2027, afin de permettre un suivi des consommations en temps réel.
L’exploitation des données repose sur la solution Temetra d’Itron, qui croise les alertes numériques avec des écoutes nocturnes et des tests acoustiques, facilités par la sectorisation du réseau. Cette approche a déjà permis une réduction significative des pertes en eau et une meilleure compréhension des variations saisonnières de consommation. La Régie a par ailleurs fait le choix d’internaliser la gestion du service, afin de réinvestir l’ensemble des bénéfices dans l’amélioration du patrimoine, un positionnement assumé comme un « vrai choix politique ».
Encourager la sobriété
Cette modernisation ouvre également la voie à de nouveaux services pour les usagers. La télérelève leur permet de suivre précisément leur consommation et de recevoir des alertes en cas de fuite sur leur réseau privatif, un atout essentiel pour les résidences secondaires ou les absences prolongées. Ces outils favorisent une gestion plus responsable de l’eau, tout en offrant une meilleure lisibilité de la facturation.
Dans le même esprit, la CCACVI prévoit la mise en place d’une tarification saisonnière à partir du 1er janvier 2028, afin de répondre à la surconsommation estivale liée au tourisme. « Argelès est une station de 10 000 habitants qui monte à 100 000 l’été, avec une consommation d’eau multipliée par 45 en pleine saison », rappelle Marion Galaup. Des tarifs plus attractifs en hiver et plus élevés en été doivent ainsi encourager des usages plus mesurés lorsque la ressource est la plus fragile.
La réutilisation des eaux usées, boucler la boucle
Au-delà du réseau d’eau potable, la CCACVI s’inscrit dans une approche globale du cycle de l’eau avec un projet ambitieux de réutilisation des eaux usées traitées (REUT), présenté comme le plus important à l’échelle nationale. L’objectif est de récupérer une eau jusqu’ici rejetée en mer pour lui donner un nouvel usage.
À terme, 1,3 million de mètres cubes d’eau seront traités chaque année, soit l’équivalent de cinq mois de consommation d’eau potable du territoire. Cette ressource sera destinée à l’irrigation de 600 hectares agricoles, permettant de préserver les nappes souterraines qui alimentent le réseau d’eau potable et de créer un véritable cercle vertueux. Doté d’un budget de 13 millions d’euros, dont 10 millions pour un réseau de 17 kilomètres, le projet a été rendu possible grâce à un financement de l’État à hauteur de 80 % dans le cadre du Plan Eau de 2024. Sa mise en service est prévue pour avril 2026 et garantira aux agriculteurs un volume d’eau sécurisé, y compris en période de sécheresse ou de restrictions.