La vente de produits alimentaires issus de l'agriculture biologique a progressé de 25 % en 2008. Le bio séduit les Français et toute la filière (environ 100 000 emplois) s'en ressent ! Pour preuve, l'augmentation fulgurante du nombre de distributeurs et préparateurs (transformation, conditionnement, stockage et préparation des produits agroalimentaires finaux) certifiés en 2008. Le circuit de distribution des magasins spécialisés, qui représente 40 % des ventes de produits bio en France, se classe en tête de la filière en termes de recrutement. « 2 000 emplois ont été créés l'année dernière », explique Christian Lafaye, secrétaire général du Syndicat national des distributeurs spécialisés de produits biologiques et diététiques ( Synadis).
Encouragés par une demande croissante, ces surfaces de vente, déjà installées dans les grandes agglomérations, commencent à conquérir les villes de taille moyenne. « Plus de 200 magasins ont ouvert cette année, poursuit le directeur du Synadis, et nous prévoyons l'ouverture de 200 à 300 points de vente spécialisés en 2010. » Or un nouveau magasin se traduit en moyenne par le recrutement de 5 à 10 employés. En revanche, « la mise en place de gammes bio en grandes surfaces ne génère pas d'embauches massives, si ce n'est quelques postes de responsable qualité », précise Magali Prigent, de l'Association des transformateurs et distributeurs des produits bio en Rhône-Alpes ( Bioconvergence).
« Les entreprises de transformation des denrées brutes en produits agroalimentaires représentent également une source d'emplois », souligne Jean Verdier, président du syndicat des entreprises bio ( Synabio). L'exemple de l'activité boulangerie-pâtisserie et pâtes alimentaires - qui rassemble 60 % du nombre de préparateurs - s'accompagne souvent de l'ouverture de sites et donc de créations d'emplois.
À l'amont, même constat. Le nombre d'agriculteurs convertis progresse en flèche : « Cette année, le nombre d'exploitations agricoles biologiques devrait avoir augmenté de 15 à 19 % », poursuit le président. L'Agence bio table, en 2010, sur une croissance du nombre de fermes bio supérieure à 15 % et semble penser que l'objectif de la loi Grenelle de tripler les surfaces de l'agriculture bio d'ici à 2012 est réalisable. Dominique Marion, président de la Fédération nationale des agriculteurs bio (Fnab) et exploitant en polyculture et élevage en Charente-Maritime, rappelle que « la production biologique génère entre 20 et 25 % d'emplois supplémentaires comparé au mode traditionnel du fait de ses besoins élevés en main-d'oeuvre, notamment pour le maraîchage et la viticulture ».
Cependant, l'approvisionnement en matières premières pourrait constituer un frein majeur du marché. Même si, en 2008, près d'un produit bio consommé sur trois était importé au lieu d'un sur cinq en 2005. Au-delà d'une situation conjoncturelle délicate, cette lacune vient surtout de « la difficulté à regrouper les producteurs », souligne Éric Rossignol, conseiller en production végétale AB à la chambre d'agriculture de l'Ariège. L'exemple du lait biologique l'illustre bien : « Les exploitations sont dispersées sur le territoire, explique Éric Rossignol. Les groupements d'éleveurs bio n'existent pas toujours, rendant la collecte difficile ». En se structurant progressivement, la filière devrait attirer de nouvelles recrues, diminuant ainsi la part de l'importation. « Beaucoup de dossiers de conversion laitière ont été déposés cette année », explique Bruno Aquilina, animateur chargé du développement des filières chez Interbio Pays de la Loire. Ces exploitations devraient commencer à produire d'ici deux ans et encourager les coopératives à s'investir davantage, notamment pour mutualiser les collectes.
D'autre part, la restauration collective pourrait offrir aux agriculteurs un débouché croissant, du fait de l'obligation d'atteindre, d'ici à 2012, 20 % de produits biologiques dans les commandes de la restauration collective publique d'État. L'essor de la filière contribue enfin à la création d'emplois dans la recherche ou la formation (conseillers, agriculteurs...). « Toutes les formations agricoles ont d'ailleurs l'obligation d'inclure un module en agriculture biologique dans leur programme depuis l'année dernière », indique Magali Prigent. Un boom qui profite aussi aux organismes certificateurs comme Ecocert, qui a augmenté ses effectifs de 25 % en huit mois (lire l'encadré ci-dessus).