Au soir du 25 septembre, certains sénateurs avaient la « gueule de bois ». Pour la première fois depuis 1958, le Sénat, la Haute Assemblée, changeait de majorité laissant dans le désarroi ceux qui pensaient qu'une fois de plus, les jeux étaient faits d'avance. Et pourtant, quelques signes auraient pu et dû les alerter et depuis longtemps déjà. Jean-Pierre Raffarin a d'ailleurs fort bien résumé la situation par deux simples phrases : « La politique gouvernementale en matière de décentralisation est aujourd'hui contestée. Il y a ceux qui minimisent et ceux qui admettent une véritable grogne des territoires. » Bref, d'un côté ceux qui refusent de regarder la réalité en face et, de l'autre, les lucides.
Il ne fallait pourtant pas être un grand expert pour savoir que les élus locaux, les fameux Grands électeurs aux sénatoriales, n'en pouvaient plus des réformes à marche forcée et de leurs conséquences qu'on leur imposait : suppression de la taxe professionnelle, réforme des collectivités, obligation d'intégrer une intercommunalité, disparition de certains services publics dans les territoires ruraux...
Et puis il y a eu aussi cette sorte de mise à l'index des collectivités, accusées par le Président de la République d'être dispendieuses et irresponsables, qui a profondément heurté les élus locaux et les a braqués. La goutte d'eau qui a fait déborder le vase du mécontentement et qui s'est traduit dans les urnes.
Certes, les raisons de ce bouleversement historique ne se limitent certainement pas à ces seules observations. « Nous payons tout à la fois, reconnaissait Jean-Claude Gaudin, président du groupe UMP du Sénat au soir de l'élection, une crise économique et financière et une crise politique. »
Reste à espérer que ce changement de majorité n'entrave en rien la bonne marche du Sénat dans l'attente de l'élection présidentielle...