À Salin-de-Giraud, la pression monte sur le chantier des digues de la partie sud du Rhône. D'un côté, les élus et le syndicat mixte interrégional de gestion des digues ( Symadrem) estiment crucial de consolider ces aménagements ancestraux dont ils ont la responsabilité depuis une dizaine d'années. Pour une trentaine de millions d'euros, il s'agit d'araser une digue qui longe les salins et d'en rehausser d'autres en amont pour protéger les villages environnants. Jean-Pierre Gautier, directeur général du Symadrem, martèle que « c'est essentiel pour mettre en sécurité la population et les outils industriels du territoire ». Mais de l'autre côté, Jacques Balossier, directeur immobilier de la Compagnie des salins du Midi, le voit d'un tout autre oeil. « En l'état actuel du projet, les milliers d'hectares de salins sont menacés car ils vont servir d'exutoire en cas de crue. À la première inondation, ce site, qui fournit la moitié de la production française de sel de déneigement et a nécessité 300 millions d'euros de travaux de revitalisation, sera détruit », alerte-t-il en brandissant aussi l'argument de l'emploi (55 emplois en jeu). Les milieux saumâtres sont en effet très fragiles. Ils abritent une flore et une faune particulières et craignent plus que tout l'eau douce, a fortiori si elle est chargée en limon. Les écologistes se rallient d'autant plus facilement à la cause du directeur que le site est classé Natura 2000. « Ce projet nous met en situation de vulnérabilité. On exige que des aménagements alternatifs soient sérieusement étudiés. Le Symadrem a eu tendance à nous renvoyer dans les cordes, mais il promet d'en proposer. S'il le faut, on ira jusqu'à l'action en justice », conclut Jacques Balossier.