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Notre-Dame-des-Landes : le projet de réaménagement de l'aéroport de Nantes-Atlantique, plus favorable à l'environnement ?

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Notre-Dame-des-Landes : le projet de réaménagement de l'aéroport de Nantes-Atlantique, plus favorable à l'environnement ?
Par Eva Gomez, le 14 décembre 2017
Mercredi 13 décembre, les trois médiateurs désignés par le gouvernement en juin dernier, ont remis leur rapport comparant les projets de construction d’un nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes et de réaménagement de l’aéroport actuel. Si les auteurs ne tranchent pas en faveur de l’un ou de l’autre, d’un point de vue environnemental, le projet de réaménagement semble toutefois se démarquer.

Après six mois de mission, les trois médiateurs nommés par le gouvernement pour étudier le projet de transfert de l’aéroport de Nantes-Atlantique à Notre-Dame-des-Landes (NDDL) – à savoir, Michel Badré, Anne Boquet et Gérard Feldzer – ont rendu leur rapport au Premier ministre Edouard Philippe. Cette mission avait pour objectif de comparer les différents impacts de la construction d’un nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes et du réaménagement de l’aéroport existant de Nantes-Atlantique, en terme d’urbanisme, de trafic aérien, d’émissions de gaz à effet de serre, d’emploi ou encore de nuisances sonores. Leur verdict : les deux options sont « raisonnablement envisageables ».

Dans ce rapport d’une soixantaine de pages, établi notamment à partir d’une centaine d’auditions des deux parties prenantes, les trois médiateurs n’ont pas réussi à trancher. « Si une solution n’avait que des avantages pour tout le monde, elle serait mise en œuvre depuis longtemps, et les blessures d’un processus démocratique mis à mal à de nombreuses reprises seraient oubliées », indiquent-ils. Pourtant, à y regarder de plus près, le projet de réaménagement de l’aéroport Nantes-Atlantique semble bien plus favorable à l’environnement, surtout en ce qui concerne l’étalement urbain et la biodiversité, son plus gros bémol étant la pollution sonore qu’il implique pour les populations avoisinantes. Voici un passage en revue des avantages et inconvénients relevés par les trois médiateurs, pour chacun des deux projets. Les comparaisons se fondent sur l’hypothèse d’un trafic de 9 millions de passagers par an à l’horizon 2040.

La construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes

Avantages :

- Nuisances sonores : (Pour évaluer et comparer les nuisances sonores des deux projets, les médiateurs ont travaillé notamment sur le plan d’exposition au bruit et à partir de cartes de bruit) Le déplacement de l’aéroport à Notre-Dame-des-Landes dans une « zone non urbanisée » réduirait l’impact de la pollution sonore sur les populations. Les médiateurs ajoutent que « la configuration à deux pistes du projet de Notre-Dame des Landes a par ailleurs été optimisée pour minimiser le survol des populations ». Dans les deux options, « des mesures d’interdiction des avions les plus bruyants doivent être mises en place rapidement ».

- Pollution atmosphérique : la pollution aux particules fines engendrée par le trafic aérien serait repoussée dans une zone rurale « moins densément peuplée et constituerait une amélioration pour la santé des populations », selon le rapport. Sans compter le développement des technologies de taxiage électrique, « qui offre une motorisation électrique aux avions lorsqu’ils sont au sol » et qui contribuera à améliorer la qualité de l’air dans les deux options.

- Urbanisme : le transfert vers NDDL avec la construction du nouvel aéroport, libérerait 340 hectares à réaménager. Mais la reconversion en terres agricoles est remise en question notamment par la proximité avec un site militaire « notoirement pollué ».

- Economie et emplois : Ce site serait « favorable aux entreprises du nord de la Loire et de la Bretagne ».

Inconvénients :

- Emissions de gaz à effet de serre (GES) :
les deux projets semblent équivalent en ce qui concerne les émissions de GES. Il faudra compter sur des émissions d’environ 200 kilotonnes équivalent CO2 dans un cas comme dans l’autre.

- Trafic aérien : la construction de l’aéroport de NDDL aurait un impact sur le trafic aérien de l’aéroport de Rennes-Roissy - situé à moins de 100 km - et vice versa : « Il n’est pas exclu que cet aéroport, plus pratique pour une partie de la Bretagne, limite, dans la mesure de son trafic actuel et de sa propre croissance, le potentiel initialement prévu pour le site de Notre-Dame-des-Landes », soulignent les médiateurs.

- Biodiversité : le rapport rappelle qu’aucun « site du réseau Natura 200 n’est localisé à proximité de l’emprise du projet » et que le projet « relève d’une autorisation au titre de la loi sur l’eau et de dérogations au régime des espèces protégées ». En revanche, le site est à 98% situé en zone humide. « Il occupe un point haut du relief constituant une tête de bassin pour plusieurs cours d’eau », indique le rapport. Il conviendrait de compenser ces impacts notamment avec la reconstitution de zone humide dans le même bassin versant.

- Urbanisme : Le projet aurait un « impact direct sur l’étalement urbain et la consommation d’espaces agricoles et naturels au nord de la Loire ». 723 hectares seraient aménagés à la mise en service, 962 hectares à terme. Cette construction induirait également la construction de transports en commun pour y accéder, et le développement de zones d’activités, ainsi que la construction de logements. L’effet d’étalement urbain total s’établit à environ 1.090 hectares (contre 60 à 230 hectares pour le maintien de l’aéroport de Nantes-Atlantique).

- Agriculture : 1.000 hectares de terres arables seront utilisées pour la construction de l’aéroport de NDDL, dont 400 hectares de terres agricoles seront conservées dans le périmètre aéroportuaire, et 225 hectares au sud du barreau routier. Par ailleurs, sur une surface de 1.500 à 2.500 hectares, les pratiques agricoles devront être modifiées au regard de la mise en place des compensations environnementales.

- Le coût : la construction du nouvel aéroport coûterait entre 250 et 350 millions d’euros de plus que le réaménagement de celui de Nantes-Atlantique.


Le réaménagement de l’aéroport Nantes-Atlantique

Avantages :

- Urbanisme : la consommation d’espaces agricoles ou naturels pour le maintien de l’aéroport Nantes-Atlantique serait de 30 hectares. « L’effet d’étalement urbain total se situe entre 60 et 230 hectares ».
Agriculture : les pratiques et les terres agricoles existantes ne devraient pas être impactées au Sud, « en revanche, un programme spécifique important et novateur serait à prévoir au nord, dans le secteur de NDDL, pour y reconstruire avec les acteurs locaux, des bases solides pour l’activité agricole ».

- Biodiversité : un rapport d’expertise rendu par le Musée national d’histoire naturelle (MNHN) en septembre 2017, conclut que « ni les mouvements actuels des avions, ni l’augmentation future du trafic de l’aéroport de Nantes-Atlantique ne sont susceptibles d’engendrer un impact significatif sur les populations du lac de Grand Lieu ». Une conclusion qui s’étend également aux deux autres sites Natura 2000 à proximité, à savoir, la Vallée de la Loire de Nantes aux Ponts de Cé, ainsi que l’estuaire de la Loire.

- Protection des milieux aquatiques : les travaux d’extension (15 hectares pour les aires de stationnement et 5 hectares pour la piste), « pourraient permettre d’assurer dans de meilleures conditions qu’actuellement l’étanchéité et le drainage des voies de circulation actuelles, assurant ainsi une meilleure protection des milieux aquatiques à proximité », estime le rapport.

- Economie et emplois : le projet de réaménagement serait bénéfique financièrement pour les entreprises du « sud de la Loire et de la Vendée ». Il avantagerait notamment Airbus et les entreprises associées à son activité.

- Le coût : «  la comparaison financière entre les deux options pour l’Etat et les collectivités fait apparaître un écart de l’ordre de 250 à 350 millions d’euros en faveur de l’option de Nantes-Atlantique, desserte en transports en commun comprise, mais sans prise en compte d’une éventuelle indemnisation versée au concessionnaire, une filiale de Vinci, en cas d’abandon du transfert », indique le rapport. Le réaménagement coûterait entre 365 et 460 millions d’euros.

Inconvénients :

- Emissions de gaz à effet de serre : « Les émissions de GES du trafic aérien de l’aéroport de Nantes-Atlantique, estimées à 260 kilos tonnes de CO2eq en 2016, ont déjà augmenté de 75% depuis 2003 et seraient à nouveau en augmentation de plus de 30% d’ici 2040 », indique le rapport. « Dans les deux options, environ 80% des émissions de gaz à effet de serre sur la période 2026-2045 sont le fait du trafic aérien, qui est supposé identique dans les deux cas ».

- Nuisances sonores : « l’option de réaménagement de Nantes-Atlantique continuerait à exposer aux nuisances sonores plusieurs milliers de personnes, sans commune mesure avec les nuisances en cas de transfert à NotreDame-des-Landes ». Il conviendrait donc de réviser le plan d’exposition au bruit (PEB), qui date de 2004, en réduisant notamment le trafic nocturne. Les médiateurs soulignent également le caractère obsolète du plan de gêne sonore (PGS). Pour améliorer l’environnement sonore, la mission encourage « la DGAC et les acteurs locaux à engager des expérimentations : augmentation de la pente d’approche au-delà de 3.5° ; nouvelles trajectoires grâce au guidage satellitaire ; nouvelles procédures anti-bruit ; etc ».

Une « décision claire »​ avant fin janvier

Finalement, les médiateurs dressent une liste de conseils, peu importe la décision finale du gouvernement : « Dans l’hypothèse où le choix gouvernemental conduirait à un réaménagement de Nantes-Atlantique (…), la mission préconise (…) de garder la maîtrise foncière des terrains acquis sur le site de Notre-Dame-des-Landes : la liberté de choix laissée à nos successeurs rejoindrait ici la bonne gestion du terroir agricole à court terme ». Et « dans l’hypothèse où le choix gouvernemental serait celui de la réalisation du projet de Notre-Dame-des-Landes, la mission recommande de mettre en place un programme inédit et innovant de maîtrise de l’étalement urbain, autour de Notre-Dame-des-Landes comme autour du site de Nantes-Atlantique ». Et d’ajouter que « seule une conception nouvelle de l’urbanisme serait garante de l’exemplarité environnementale du projet à long et très long terme ».

A noter que pour les médiateurs, ce rapport doit permettre avant tout une prise de décision rapide, pour un retour à « l’Etat de droit ». En effet, plus de 200 zadistes sont encore sur les lieux de la construction de l’aéroport de NDDL, qui devrait, selon les auteurs du rapport « être évacuée ». Edouard Philippe a confirmé qu’une « décision claire » serait prise avant fin janvier 2018.
Sur la ZAD de NDDL / Flickr Creative commons
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