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[Tribune] Le risque inondation face au dérèglement climatique

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[Tribune] Le risque inondation face au dérèglement climatique
Par Raouf Gnouma, responsable de l’activité Eau de Ginger Burgeap, le 29 octobre 2018
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Cette semaine, le responsable de l’activité Eau de Ginger Burgeap, Raouf Gnouma, revient sur la gestion du risque inondation et notamment sur les effets de la mise en place du plan de gestion de ce risque (PGRI). Selon Raouf Gnouma, "grâce aux cartographies des zones inondables ou des eaux souterraines, chaque projet sensible sera repensé de façon à devenir un territoire résilient". 

Alors que les bouleversements climatiques engendrent des catastrophes naturelles à répétition et d’intensité de plus en plus violentes, on enregistre une recrudescence implicite du risque inondation. Les récentes et dramatiques intempéries dans le Var et dans l’Aude rappellent combien ce risque constitue un enjeu de sécurité civil. Il met également en exergue notre fragilité pour lutter face à ce phénomène difficile à empêcher. En France, le risque inondation toucherait 17 millions d’habitants ; celui lié à la submersion marine, quant à lui, concernerait 1,4 millions d’habitants. 

La catastrophe dans l’Aude, un phénomène exceptionnel

Il est désormais impossible de ne pas mentionner l’inondation de l’Aude, exceptionnelle par sa violence et sa rapidité, qui n’étaient pas d’actualité lors de la rédaction de ce billet. Il est encore trop tôt pour tirer quelle conclusion que ce soit ; de très nombreux paramètres entrent en considération dans le risque inondation.

D’abord, celui des conditions climatiques. La rapidité de la montée de l’eau est corrélée à l’ampleur et à l’intensité des pluies. Dans le cas des intempéries de l’Aude, l’équivalent de 3 mois de précipitation sont tombés en seulement quelques heures. Depuis quelques années, le changement climatique amène à des événements de plus en plus intense, qu’il s’agisse du froid, de vagues de chaleur, de pluies, d’orage et de vent. D’où une certaine récurrence d’inondations ces dernières années partout en France.

La recrudescence de ce risque sur l’ensemble du territoire place de nouveau ce sujet au cœur des politiques d’aménagement des territoires. De nombreuses actions ont d’ores et déjà été menées sous l’impulsion de l’Etat. Les événements récents feront probablement encore bouger les lignes.

Tirer les enseignements de nos erreurs passées

Historiquement, le risque des zones inondables se réglait en détournant les cours d’eau, ou en les busant pour faire baisser les niveaux d’eau et rendre la zone constructible. Mais lors d’inondations ou de remontées de nappes, les eaux contournées reprenaient naturellement leur chemin, engendrant d’importants dégâts humains et matériels.

Des protections qui retardaient le risque mais sans l’éradiquer

Dans le même ordre de logique, des digues et bassins de rétention d’eau ont été construits avant de comprendre leur capacité limitée de protection.

Le cas de la Loire Atlantique en 2010

Une digue a cédé sous la pression de la tempête Xynthia ; le coefficient de marée étant à son maximum.

L’eau qui avait ruisselé débordait déjà sur les terres. L’effondrement de la digue a aggravé la situation avec un afflux massif d’eau vers les habitations, causant des dommages humains et matériels catastrophiques. Le rapport d’assurance mettra en avant la vétusté de la digue.

Depuis cet événement, la France met en place chaque année le décret du 2 mars 2011 concernant la Politique de Gestion du Risque Inondation (PGRI) qui découle de la Directive Européenne de 2007/60/CE. L’Etat et les services de l’Etat détaillent :
- Une carte des zones inondables France et Dom Tom,
- La prise en compte des incidences du changement climatique sur ce risque,
- La mise en place d’un plan de gestion de crise dont l’objectif est le retour le plus rapide à la normale.

Ce plan est mis en place par le ministre chargé de la Prévention des Risques Majeurs qui en fait une évaluation, nationale et environnementale, et détermine la liste des territoires concernés. Puis le préfet coordonne les territoires impactés et informe les parties prenantes. Au niveau de la commune, le Maire prend en charge la gestion du risque inondation et déclenche l’alerte si nécessaire.

Intégrer la culture du risque et transformer l’aléa en atout

Intégrer la culture du risque implique un changement total d’attitude. Grâce aux cartographies des zones inondables ou des eaux souterraines, chaque projet sensible sera repensé de façon à devenir un territoire résilient. Dès sa conception, le risque inondation sera intégré. Ainsi, en cas de crue, le territoire fonctionnera, même de façon dégradée. Pour exemple : des zones de ravitaillement et d’évacuation des personnes sont anticipées. La connaissance du risque de vulnérabilité va permettre de proposer aux parties prenantes (architectes, exploitants de réseaux, promoteurs, etc.) des solutions pour construire les bâtiments autrement : sur pilotis, en aménageant des ponts, pour laisser les eaux s’écouler sous les bâtis.

Pour les bâtiments industriels, des solutions de protection des machineries conçues au-dessus d’un certain niveau de crue, voire en haut des bâtiments seront proposées. Idem pour les moteurs d’ascenseurs.

Après une inondation… adopter des attitudes résilientes

Pendant trop longtemps, les sinistrés ont reconstruit à l’identique et dans l’urgence leur habitation dévastée sans réévaluation du risque.  Ces dernières années, les compagnies d’assurance demandent aux sinistrés de reconstruire de façon à abaisser le degré de vulnérabilité de la construction, sous peine de ne pas être dédommagés si cette étape était écartée.

Si la zone inondable n’est pas considérée comme une zone inconstructible, des précautions sont à prendre :
1- Depuis 2006, il est obligatoire d’informer tout acquéreur ou locataire qui se situe dans une zone où le risque inondation a été déclaré.
2- Le Plan de Prévention du Risque Inondation et de sa Gestion implique que des aménagements soient faits en vue de baisser le niveau du risque et les aménagements doivent être validés pour l’obtention du permis de construire. La mise en place de ces lois améliore la prise en compte et une meilleure gestion de ce risque.

Le prix de la sensibilisation

Depuis 2014, le Ministère de la Culture, sous l’impulsion du Ministère de la transition écologique et solidaire  remet chaque année le Grand Prix de l’Aménagement en Terrains Inondables Constructibles (GPATIC).
Les projets d’aménagement concernent aussi bien les secteurs inondables constructibles, pour lesquels il convient de proposer des projets architecturaux et urbains innovants dépassant les contraintes techniques, que les secteurs inconstructibles qui doivent être valorisés économiquement ou socialement en y proposant des usages compatibles avec les risques en présence. En 2018, 32 projets ont été déjà sélectionnés.
Raouf Gnouma, responsable de l’activité Eau de Ginger Burgeap
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