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ValaDoE : cette chaire industrielle qui fait de la donnée un levier de la transition énergétique locale

ABDESSAMAD ATTIGUI, LE 6 FÉVRIER 2026
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ValaDoE : cette chaire industrielle qui fait de la donnée un levier de la transition énergétique locale
Bruno Lacarrière, porteur de la chaire ValaDoE. Crédits : IMT
La chaire industrielle ValaDoE mise sur la donnée pour piloter la transition énergétique territoriale. Entre recherche appliquée, ingénierie et collaboration locale, elle transforme les flux d’informations en outils concrets pour la décarbonation et la gestion optimisée des réseaux multi-énergies.

À Nantes, la transition énergétique s’organise à l’échelle des territoires, au croisement des données numériques, de l’ingénierie et des usages locaux. Une approche que porte la chaire industrielle ValaDoE, pilotée par IMT Atlantique et qui vient d’être renouvelée pour une nouvelle période de cinq ans. Derrière l’acronyme « Valeur Ajoutée à la Donnée Énergie », l’initiative entend faire de la donnée un levier structurant de la décarbonation territoriale et un outil central de décision pour les acteurs publics et industriels.

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Ce positionnement s’appuie sur un constat largement partagé : la complexité croissante des systèmes énergétiques locaux rend leur pilotage de plus en plus délicat. La multiplication des énergies renouvelables décentralisées, l’électrification des usages et la diversification des acteurs ont fragmenté l’information, encore trop souvent exploitée en silos. « Les données existent, mais elles ne dialoguent pas entre elles. Notre rôle est de créer cette cohérence pour éclairer l’action », résume Bruno Lacarrière, porteur de la chaire. En plaçant la donnée au cœur de l’organisation des infrastructures, ValaDoE ambitionne de transformer des flux d’informations hétérogènes en leviers d’arbitrage concrets.

Un programme scientifique structuré pour 2026-2031
Cette ambition se traduit dans un programme scientifique particulièrement structuré pour la période 2026-2031. Celui-ci s’articule autour de quatre axes de recherche complémentaires, conçus pour répondre à la complexité des réseaux territoriaux. Le premier concerne la cartographie dynamique des réseaux et des gisements énergétiques, une étape indispensable pour identifier précisément les ressources disponibles sur un territoire. Le second vise le décloisonnement et l’exploitation transversale des données afin de rompre avec la logique de silos entre acteurs. Le troisième s’attache à l’analyse fine de l’évolution de la demande, de la production et surtout de la flexibilité, devenue un levier critique pour l’équilibre des réseaux. Enfin, le quatrième axe explore les nouveaux réseaux multi-énergies, faisant interagir électricité, chaleur, gaz et vecteurs émergents comme l’hydrogène.

Les enseignements de la première phase
Cette structuration s’inscrit dans la continuité d’une première phase jugée probante. Entre 2021 et 2025, la chaire a soutenu six thèses doctorales qui ont posé les fondations de son approche. Ces travaux ont exploré les mécanismes favorisant l’usage massif d’énergies renouvelables produites localement, l’intégration optimale des batteries pour sécuriser les réseaux électriques face à une demande incertaine, ou encore l’exploitation de réseaux de capteurs IoT massifs pour améliorer la qualité des données. D’autres recherches ont permis d’accélérer les modèles de réseaux de chaleur urbains grâce à l’intelligence artificielle. L’un des résultats les plus emblématiques reste la combinaison de modèles physiques et d’apprentissage automatique pour la modélisation des systèmes multi-énergies, une approche hybride qui a directement conduit à la création de la start-up Invaria.

De la recherche à l’opérationnel : la seconde phase
La seconde phase de ValaDoE entend aller plus loin dans la transformation de la recherche en outils opérationnels. Quatre nouvelles thèses ont été lancées avec un objectif clairement affiché : produire des résultats rapidement mobilisables par les partenaires territoriaux. L’une porte sur l’élaboration de stratégies de pilotage des réseaux via les leviers de flexibilité, indispensables pour gérer l’intermittence des énergies renouvelables. Une autre développe des méthodologies d’évaluation de scénarios de micro-grids destinés à des sites industriels d’intérêt public, comme les stations d’épuration ou certaines infrastructures de transport. Une troisième thèse vise à accélérer les outils de simulation des réseaux électriques à l’aide du machine learning, afin de fournir aux gestionnaires comme Enedis des analyses plus rapides et plus précises. Enfin, un travail spécifique est consacré à la transition énergétique des ports, en optimisant des systèmes énergétiques soumis à des contraintes fortes et à une multiplicité d’acteurs.

Un ancrage territorial fort
Cette montée en puissance scientifique est indissociable de l’ancrage territorial du projet, revendiqué comme son « ADN ». Autour d’IMT Atlantique, le consortium réunit Nantes Métropole, la Région Pays de la Loire, Territoire d’Énergie 44, Enedis, ainsi que des acteurs de l’ingénierie et du conseil comme Akajoule et SCE – Groupe Keran. « Les questions que nous traitons ne viennent pas d’une réflexion abstraite : elles émanent directement des attentes du terrain », souligne Luc Giraudeau, directeur général adjoint en charge des activités opérationnelles de Territoire d’Énergie 44, confronté à la nécessité d’anticiper l’évolution des réseaux sur dix ou quinze ans, voire le déclassement progressif de certaines infrastructures.

Pour Enedis, partenaire historique, l’enjeu est stratégique. Gestionnaire de dizaines de millions de compteurs, l’entreprise est en première ligne face à la « deuxième électrification » de la France. « L’intégration massive des énergies renouvelables et l’évolution des usages nécessitent des outils de pilotage beaucoup plus fins », explique Stéphane Menoret, directeur délégué en Pays de la Loire du groupe Enedis. Les travaux de la chaire permettent de tester la robustesse des modèles face à des contraintes réelles de variabilité de la demande et de performance économique.

L’ingénierie au service de la transition
La transformation de ces recherches en solutions concrètes repose sur un maillon essentiel : l’ingénierie. Des acteurs comme Akajoule et SCE jouent un rôle d’interface en s’appropriant les modèles scientifiques pour les rendre déployables. Ils interviennent notamment sur des projets de micro-grids pour des zones industrielles, portuaires ou des stations d’épuration, où l’enjeu est de favoriser le partage local de l’énergie et de renforcer l’autonomie des sites. Cette capacité à passer d’une gestion en silos à une vision transversale de l’énergie constitue l’un des apports majeurs de ValaDoE.

L’ensemble de cette dynamique repose enfin sur un choix stratégique fort : celui du partage total de la connaissance. Les thèses produites ne sont pas confidentielles et les modèles développés ont vocation à être diffusés au-delà du consortium initial. L’objectif est de permettre une diffusion à grande échelle, afin que les outils servent de référence et puissent être dupliqués sur d’autres territoires, voire à l’échelle nationale. Les sociétés d’ingénierie jouent ici un rôle clé dans la transmission, en transformant les résultats de la recherche en outils d’aide à la décision pour les industriels et les collectivités.

En articulant programme scientifique rigoureux, ancrage territorial, ingénierie opérationnelle et formation - avec le lancement en 2026 d’un cursus d’ingénieur par apprentissage dédié à l’écologie industrielle - la chaire ValaDoE s’impose comme un démonstrateur à ciel ouvert de la transition énergétique. Une illustration concrète de la manière dont la donnée, lorsqu’elle est partagée, décloisonnée et intelligemment exploitée, peut devenir un moteur de transformation durable des territoires.


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