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Pesticides : l'échec français

LA RÉDACTION, LE 1er AVRIL 2015
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En cinq ans, leur usage a progressé de 5 % et le Nodu (nombre de doses-unités), qui mesure la demande de pesticides au-delà du simple tonnage utilisé, a grimpé de 76 à 88 millions entre 2008 et 2013 (+16 %). Il avait pourtant fléchi les années précédentes. Le premier plan Ecophyto a donc échoué. Face à cela, faut-il voir le verre à moitié plein ou à moitié vide ? Depuis le coup de semonce lié à la sortie du rapport Potier, suivi d'un second plan dégainé fin janvier par le ministre de l'Agriculture (en consultation jusqu'en juin, il reportera l'objectif initial de diviser par deux les utilisations de pesticides en 2025), la question sème la discorde. Elle oppose ceux qui y voient un naufrage, partisans d'une ligne plus dure (limites annuelles d'usage et pénalités difficilement applicables), et ceux qui estiment, comme Bertrand Pancher, député du très agricole département de la Meuse, « l'échec plus quantitatif que qualitatif ». Avant la mauvaise nouvelle, la bonne : en ville, côté jardin, le zéro phyto grimpe à la vitesse du lierre. Le recours aux pesticides y a chuté de 8 % en 2013. Une commune sur huit (4 500) s'engage à les supprimer. En Bretagne, c'est une sur deux. Le long des routes départementales, des conseils généraux s'y mettent aussi (Nièvre, Hautes-Pyrénées, Haute-Garonne…). Les élus parviennent à ancrer ces pratiques dans leurs services, avec plus de mal pour la voirie et les cimetières. « Pour l'entretien des terrains de sport, bannir le chimique se fait au prix d'un harassant travail humain », reconnaît Christophe Ferlin, directeur des espaces verts d'Annecy, qui a su les interdire des pelouses ac cueillant des matchs de ligue 1. Chez Natureparif, on reste vigilant face aux retours en arrière suspectés dans des villes comme Berck, Toulouse et Pau. « Gare à la panique liée à la progression de la chenille ravageuse du buis, qui incite au chimique alors que d'autres traitements sont possibles », prévient Cathy Biass-Morin, à Versailles, pionnière du zéro phyto. Les marges de progrès : impliquer les intercommunalités et faire de l'enjeu un critère de choix pour l'éco conditionnalité des aides publiques. Mauvaise nouvelle : tant d'efforts semblent annihilés par le retard pris dans l'agriculture, qui pèse sur 98 % des usages. Certes 400 000 professionnels ont suivi la formation Certiphyto. Mais au vu des derniers chiffres, on a l'impression, sans trop caricaturer, qu'une fois rentrés chez eux le certificat en poche, ils épandent de plus belle ! Surtout sur les grandes cultures, où 90 à 100 % des surfaces sont arrosées à l'herbicide dès le semis. Côté vigne, le retour au désherbage mécanique et à l'enherbement réduit la pression chimique, forte en Champagne et Beaujolais . La culture fruitière se montre vorace : les pommes reçoivent une trentaine de traitements par an, alors que les variétés plus résistantes, moins gourmandes en fongicides, existent mais seulement sur 3 % des surfaces plantées ! C'est donc tout un secteur qui peine à changer de modèle, se cramponne à l'intensif, ose peu la certification environnementale, voire l'agriculture bio qui a pourtant trouvé son marché. Le besoin d'exercer différemment, de se réapproprier un métier, se fait néanmoins sentir dans les rangs des 300 000 exploitants. L'un d'eux, Jérôme Audurier, explique très honnêtement que sur ses champs des Deux-Sèvres, « les herbicides sont plus durs à supprimer mais que, même sur le colza, réduire la fréquence de traitement est possible. Cela m'a pris dix ans, il faut y aller en douceur ». Pour Luc Smessaert, président du réseau Farre, « produire plus et mieux est possible en s'orientant vers de bons outils ; à chaque parcelle, ses solutions ». Un discours trop sage ? « Crisper les agriculteurs est contre-productif, mieux vaut lever les freins par plus d'actions groupées et d'innovation », insiste Céline Vromandt, animatrice Ecophyto dans un centre d'initiatives pour valoriser l'agriculture et le milieu rural (Civam) des Deux-Sèvres. Au ministère, on conseille de solliciter les collectivités pour faire émerger des projets partagés, moins isolés, plus intégrés. Ce que fait l'Hérault en aidant de 100 euros à l'hectare les vignerons de l'AOC Picpoul de Pinet qui testent des techniques de biocontrôle basées sur la confusion sexuelle. « C'est efficace, sans impact sur la récolte, confie Guy Bascou, président de l'AOC. Le programme essaime chez des voisins, mais il faut continuer car, sans ce soutien, pas sûr que nos 300 vignerons jouent le jeu. » Autre nouvel outil : les groupements d'intérêt économique et environnemental (GIEE). D'avant-gardistes, ils sont devenus la coqueluche du ministère. Six collectifs d'agriculteurs viennent d'être retenus après un appel à projets en Rhône-Alpes. L'un d'eux, Agribiotech, fédère des exploitants bio et d'autres s'autorisant engrais et pesticides. Faire équipe les a aidés à réduire les intrants et à acheter en commun du matériel de substitution. En Île-de-France, d'autres GIEE seront révélés ce mois-ci. En contrepartie de ces efforts, des aides leur sont préférentiellement attribuées. « Absent du premier plan, le soutien au renouvellement d'agroéquipements (pulvérisation de précision), avec possibilité de tester le matériel, fait aussi consensus et serait efficace pour la vigne », rebondit le député Dominique Potier. « Plus de collaboration avec des centres publics de recherche est une autre voie à explorer », ajoutait dans un rapport Jean-Marc Bournigal, à la tête de l'Irstea. Du côté des distributeurs et de leurs milliers de conseillers agricoles, il y a aussi un enjeu de formation. Enfin, cela changera si, en aval, les cahiers des charges de l'agroalimentaire évoluent. Tout comme ceux des appellations d'origine et labels de qualité (label rouge, IGP), qui n'intègrent toujours pas de bonnes pratiques environnementales. l


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