La Réunion a son Notre-Dame-des-Landes : un pharaonique projet d'autoroute sur mer reliant Saint-Denis à l'ouest de l'île par le côte. Qui nécessite la construction par Vinci d'une 2 x 3 voies, de digues et viaducs dont l'impact sur la biodiversité terrestre et marine déchire les passions. Contrairement à l'aéroport nantais, son intérêt pour l'économie locale ne fait guère débat : les difficultés de déplacement paralysent l'île et l'actuel tronçon longeant la falaise, la Croisette de la mort, est source d'accidents. Le coût de ce nouvel axe n'en paraît pas moins démesuré : 1,6 milliard d'euros financé par l'État (780 millions), la Région (669 millions) et l'Europe (151 millions). Bien trop pour les élus de l'opposition : « Cela hypothèque pour longtemps la possibilité d'équiper l'île en transports collectifs dont nous manquons », déplore Béatrice Leperlier, élue du groupe Alliance. À l'origine, un tram-train était prévu, mais avec le changement à la tête à la Région, ce viaduc l'a relégué aux oubliettes. Autre opposant : Paul Vergès, sénateur de l'île, martèle que le projet est en contradiction avec les exigences environnementales. Un constat partagé par des associations réunionnaises ou métropolitaines qui égrènent les problèmes : disponibilité des matériaux, impact sur les espèces protégées dont le grand dauphin de l'Indo-Pacifique… La Région, sur un ton rassurant, dit faire son possible en matière de restauration écologique. Suffisant ? « Non, ces impacts peuvent être encore diminués, estime Claire Lebon, juriste à Srepen Réunion Nature Environnement. Nous ne nous opposons pas au projet, mais le trouvons plus acceptable dans sa variante tout viaduc, sans les digues donc, ce qui réduirait le volume de matériaux à extraire. » Balayant l'option d'un revers de la main, à l'image du gouvernement ignorant l'avis défavorable du Conseil national de protection de la nature (CNPN), le préfet vient de poser la première pierre de ce chantier.