Soumis à un feu nourri de critiques pour leur bilan environnemental, les biocarburants cherchent à redorer leur blason. Le 23 mars, à Rotterdam, c'était l'objectif de la « table ronde sur les biocarburants durables », une organisation réunissant plus de 120 membres : industriels, ONG, pouvoirs publics, exploitants agricoles... Elle a officiellement lancé la certification RSB (Roundtable on sustainable biofuels). Cette initiative est coordonnée par l'École polytechnique fédérale de Lausanne. Elle est appelée à devenir un standard international pour attribuer des critères de « durabilité » aux biocarburants et assurer leur traçabilité « de la ferme jusqu'au baril », indique Sébastien Haye, coordinateur des questions environnementales à la RSB.
L'enjeu est de taille. En avril, l'Agence internationale de l'énergie a publié un rapport. Celui-ci estime possible d'augmenter - de façon soutenable - la part des biocarburants dans la consommation mondiale des transports de 2 %, aujourd'hui, à 27 % en 2050. Cela suppose de trouver trois milliards de tonnes de biomasse par an. Un milliard viendrait de déchets. Pour le reste, il faudrait exploiter 100 millions d'hectares de terre, soit 2 % de la surface agricole.La nouvelle certification RSB, sur la base du volontariat, « est probablement la plus complète du marché », assure Sébastien Haye. Elle exige des biocarburants une réduction de 50 % des émissions de gaz à effet de serre par rapport aux carburants classiques. Soit une contrainte dépassant l'objectif qu'a assigné la Commission européenne (35 % aujourd'hui, 50 % en 2017). Mais surtout, RSB « inclut des exigences précises en matière d'affectation des terres et de retombées économiques sur les populations locales ».Les ONG constatent souvent qu'en Amérique Latine, en Afrique ou en Asie, l'exploitation industrielle des biocarburants conduit à un accaparement des terres par les grandes compagnies internationales, à une flambée des prix agricoles et à une mise sous tension des filières locales d'approvisionnement alimentaire.
« Au Kenya, un projet, mené par la compagnie italienne Nuove Iniziative Industriali, de mise en culture de 50 000 hectares de jatropha va probablement induire le déplacement de 20 000 personnes, qui seront dépossédées de leurs cultures vivrières », illustre Antoine Bouhey, chargé de mission souveraineté alimentaire à l'ONG Peuples Solidaires.
« Ce volet social et ces questions d'affectation des terres ne sont pas pris en compte par les programmes privés de certification nationale, qui se cantonnent souvent aux prescriptions de la Commission européenne en matière environnementale et de réduction des gaz à effet de serre », souligne Sébastien Haye. Nombre de gouvernements des pays du Sud, craignant d'être écartés du marché des biocarburants, s'opposent, en effet, à la dimension sociale des critères de durabilité.
Ainsi, en France, le projet de certification 2BSVS porte quasi-exclusivement sur les aspects environnementaux. Il a été développé par la Collective du bioéthanol, fondée par trois syndicats professionnels : France betteraves, Passion céréales et le Syndicat national des producteurs d'alcool agricole (SNPAA). Sa validation permettrait à la filière française de rattraper son retard sur l'Allemagne, qui dispose déjà d'un système de certification homologué. « Nous attendons dans les semaines à venir une communication de la Commission européenne sur ce programme de certification », indique un porte-parole de la Collective du bioéthanol. « Nous essayons de collaborer pour éviter toute compétition inutile entre les différents systèmes de certification. Néanmoins, on ne peut pas exclure une certaine concurrence », estime, de son côté, Sébastien Haye, de la RSB. À son tour, il souligne que la Commission européenne pourrait reconnaître, d'ici à l'été 2011, la certification RSB. « Nous sommes en train de former des auditeurs indépendants, qui pourront délivrer les premiers certificats RSB », poursuit-il. Des premiers contacts avec des opérateurs de la filière seraient en cours.