Après le sac compostable à base de fécule de pomme de terre, SPhere persiste sur le terrain de l'écologie. Le groupe a lancé le sac-poubelle « moins émetteur de CO2 ». Une analyse de cycle de vie (ACV) a en effet été commandée au cabinet PWC-Ecobilan. Elle montre qu'un sac-poubelle de 30 litres à liens coulissants, fabriqué à base de plastique végétal, génère 95 % d'émissions de gaz à effet de serre en moins que le même sac à base de polyéthylène fossile. Le premier s'en tire avec 1,5 gramme équivalent CO2, le second avec 40,5 grammes. Un joli coup de pub pour la nouvelle gamme Alfapac du groupe conçue à partir de canne à sucre du Brésil.
En détaillant les résultats, on s'aperçoit que le gain s'effectue seulement sur la première étape du cycle de vie, l'extraction des matières premières : 26 g éq.CO2 pour le sac issu du pétrole contre -13 g (grâce à la photosynthèse) pour le biosac. Sur toutes les suivantes, les deux sacs sont ex-æquo, y compris le transport. « Cela paraît surprenant pour une matière première qui vient de si loin, mais deux éléments amoindrissent cet impact : le fait que la canne à sucre, transformée en alcool puis en polymère, voyage par bateau, et le fait que les plantations brésiliennes soient proches du port de chargement, Sao Paulo », précise John Persenda, P-DG de SPhere, qui vise maintenant zéro polymère fossile en 2020. Avec 0,3 g éq.CO2, l'étape du transport s'avère autant émettrice en version biosourcée que pétrolière, tout comme celle de la fin de vie : 12 g éq.CO2 dans les deux cas. « À la différence du sac compostable, le sac-poubelle en matière végétale n'exerce pas son avantage CO2 en aval, mais en amont », résume John Persenda. Une fois plein, il redevient un sac-poubelle « normal », acheminé comme son cousin pétrolier vers les filières classiques de traitement des déchets ménagers : incinération dans la plupart des cas, décharge parfois, et recyclage plus rarement (lorsqu'il est utilisé comme « sac jaune », pour collecter les déchets recyclables dans les communes qui ont fait ce choix). On notera que le sac compostable en fécule de pomme de terre, lui aussi biosourcé, ne peut prétendre à un usage comme sac-poubelle pour ordures ménagères à l'instar du sac à base de canne à sucre, car moins résistant et trop épais. Ce dernier n'a donc bien qu'un seul concurrent : le polyéthylène issu du pétrole, matière promise à la raréfaction et à la cherté.
Mais alors, que dire des sacs-poubelle en polyéthylène recyclé ? « Ils ne participent pas à l'épuisement de la matière première, mais offrent un avantage CO2 bien inférieur », soutient Isabelle Spiegel, consultante chez PWC. « Les étapes de regroupement et du lavage du déchet à regranuler, notamment les films agricoles souillés, s'effectuent loin du gisement, sollicitent du transport en camion et sont très consommatrices d'énergie », poursuit John Persenda. Plastic Omnium, qui a sorti un bac de collecte également biosourcé en canne à sucre, expose d'ailleurs le même argumentaire. Et quid de la biomasse locale, qui éviterait d'aller se fournir au Brésil ? « Ce sera l'étape suivante, reconnaît le P-DG de SPhere. Pour l'instant, il est techniquement plus aisé de travailler sur la canne à sucre, un végétal à croissance rapide et qui offre de bons rendements. » Mais tout n'est pas rose dans le monde des sacs-poubelle en matière végétale - fussent-ils vraiment roses, comme pour les poubelles de salle de bain. La canne à sucre travaillée par SPhere présente quelques points noirs sur l'ACV : vertueuse en termes de CO2, d'épuisement des ressources et de formation d'oxydants photochimiques, elle est plus mauvaise que le pétrole - et de beaucoup - sur quatre autres indicateurs : consommation d'eau, acidification atmosphérique, eutrophisation et surface de terre cultivée. Logique, puisque pour cultiver la canne à sucre, il faut de l'espace, de l'eau, des tracteurs et des engrais. Néanmoins, SPhere assure que les terres utilisées sont prises sur le pâturage, non sur la forêt. « Le fournisseur de matière première est une entreprise internationale implantée et reconnue au Brésil pour ses garanties sociales et environnementales », affirme SPhere. On aurait souhaité qu'un label vienne attester ces dires.