La voiture électrique fait des envieux. Air liquide lorgne sur le soutien qu'apportent les pouvoirs publics à cette filière balbutiante et veut s'engouffrer dans la brèche. Il en fait même une priorité stratégique. Dans l'automobile, le producteur de gaz positionne ainsi les piles à combustible comme un compromis entre autonomie et chasse aux émissions. Pour convaincre la presse, il s'est livré le 4 octobre à une démonstration de véhicules à hydrogène avec ses partenaires constructeurs. « Nous voulons créer un marché en France », confie l'un d'entre eux, Peter Froeschle, responsable projets énergie stratégique de Daimler. Pour y parvenir, le déploiement d'une infrastructure de ravitaillement reste incontournable. Et donc le soutien des pouvoirs publics. « Pour mailler correctement l'Europe à l'horizon 2030, il faudrait investir 200 milliards d'euros », évalue Pierre-Étienne Franc, directeur des technologies du futur chez Air liquide. En France, aucune station n'existe encore, alors que l'Allemagne en possède quinze et en projette une centaine pour 2015. Air liquide se déclare prêt à en financer une vingtaine... là où se développera le marché. « Si 10 % de la flotte automobile mondiale était convertie, cela représenterait pour la fourniture d'hydrogène un marché de 100 milliards d'euros, salive Benoît Potier, P-DG d'Air liquide. Comparé au marché actuel des gaz industriels, soit 60 milliards, c'est colossal ! » Pour s'imposer, le groupe mobilise donc un budget R & D parmi « les plus gros de notre histoire », ajoute Benoît Potier. Cumulées, les sommes déjà investies ou qui le seront d'ici à cinq ans, avoisinent ainsi les 250 millions d'euros. Ce montant vaut bien un lobbying. Air liquide réclame une étude officielle pour quantifier le marché français et une réglementation adaptée. Dans sa roue, il entraîne ses partenaires, à l'image de Michelin, qui travaille sur les piles à combustible : « 2010-2020 continue d'être une décennie d'expérimentation ; 2020-2030 verra le décollage de toutes les technologies liées à la motorisation électrique », espère Patrick Oliva, directeur de la prospective de Michelin. La course, en tout est cas, est lancée.