Les autorités ont davantage de doutes que de visibilité sur l'avenir énergétique de la France. C'est l'analyse à lire entre les lignes du rapport Énergie 2050, remis le 13 février à Éric Besson. A priori, ses conclusions sont sans ambiguïtés : « Dans tous les scénarios, la prolongation des réacteurs nucléaires actuels est l'option la moins chère », résume Jacques Percebois, président de la commission Énergie 2050. Et le ministre de l'Énergie de confirmer : « Le président de la République a demandé aux exploitants de se mettre en position de les prolonger », rappelle Éric Besson. Quelques questions suffisent pourtant à lever le voile sur les limites de l'exercice. La commission a confronté des scénarios de prospective énergétique émanant d'acteurs du secteur (RTE, UFE, Areva, CEA ) comme d'associations (Négawatt, Global Chance ). Mais comment comparer des scénarios aux méthodologies si différentes ? « C'est difficile », reconnaît Claude Mandil, vice-président de la commission. Certaines approches restent macroéconomiques là où Négawatt, par exemple, privilégie une méthode ascendante en agrégeant les usages de l'énergie sur le terrain. La plupart des scénarios se contentent d'une projection à 2030, tandis que d'autres vont jusqu'à 2050. « Nous avons des incertitudes absolument majeures sur les plans politique, technique, sur la réaction de nos concitoyens à la problématique de la maîtrise de l'énergie », pointe aussi Claude Mandil. Le rapport a beau préconiser d'en faire « une grande cause nationale », la sobriété et l'efficacité énergétiques restent des mystères pour la commission, qui regrette le manque de données sur le sujet. Autre hypothèse implicite, la commission a supposé « que le nucléaire fonctionne bien », concède Jacques Percebois. Traduction : son rapport reste « valable » tant que l'Autorité de sûreté nucléaire ne demande pas l'arrêt d'un réacteur. Autant de conditions à mémoriser en prévision des débats sur la programmation pluriannuelle d'investissements. Le prochain gouvernement devra le présenter au Parlement en 2013, et le rapport Énergie 2050 est censé étayer les débats.