Imbroglio électrique. À l'horizon 2030, le développement du Grand Paris s'accompagnera d'une hausse de 20 %, soit 3 300 MW, du besoin en puissance électrique en Ile-de-France. Cette estimation a été présentée le 6 mars par EDF, ses filiales gestionnaires de réseaux ERDF et RTE, et la Driee (direction régionale et interdépartementale de l'environnement et de l'énergie), sous l'autorité du préfet. « Il y a potentiellement un conflit entre le réseau électrique et le Grand Paris. En tout cas, des arbitrages sont à faire, prévient Bernard Doroszczuk, directeur de la Driee francilienne. Il faudra concilier les besoins de développements urbain et électrique. » Et les auteurs de l'étude de décliner leurs préconisations pour anticiper l'impact du Grand Paris dans l'aménagement territorial. Cette initiative a jeté le trouble au sein des collectivités locales. « Nous n'avons pas été associées à cette réflexion, ni averties qu'elle avait lieu », s'étonne Hélène Gassin, vice-présidente de la Région. Les mêmes acteurs sont pourtant en pleine élaboration du schéma régional climat, air et énergie d'Ile-de-France. Ensemble, dans une logique de collaboration et de concertation Etat-Région, ils développent déjà des scénarios de prospective. « Il est plutôt malvenu de mener une réflexion parallèle, isolée et potentiellement antagoniste », tance l'élue. En particulier si elle est restreinte à l'électricité et à la zone dense du territoire. Pour la Driee, « il fallait regarder si les réseaux électriques étaient un point déterminant du Grand Paris. L'étude l'a clairement prouvé », justifie Bernard Doroszczuk. Mais l'argument ne convainc pas des élus locaux qui dénoncent une mainmise étatique : « Ils plaquent sur le territoire une vision élaborée ailleurs. C'est ainsi depuis le début du projet Grand Paris », regrette Hélène Gassin. Ce n'est probablement pas fini. Après l'électricité, toujours dans le cadre du Grand Paris, la préfecture et la Driee comptent se pencher sur la gestion de l'eau (avant juin), des matériaux et des déchets (à l'automne). Mais, cette fois, les élus sont prévenus.