Que représente pour DBT l'accord avec Nissan ?
Ce partenariat nous offre une visibilité sur un marché mondial. Dans les deux années à venir, nous allons installer quinze fois plus de bornes de recharge rapide que depuis cinq ans. Notre chiffre d'affaires était de 6 millions d'euros il y a trois ans. Il est aujourd'hui de 12 millions. Il pourrait être de 20 millions en 2012 et DBT peut envisager 30 millions en 2013 et 40 millions en 2014. Grâce à cet accord, nous possédons un produit - nous allons proposer la borne Quick charger de Nissan - et un marché. L'accord prévoit en effet l'installation dans 27 pays européens de 4 000 bornes d'ici à la fin 2013, dont 400 d'ici à juin prochain, notamment dans les 280 concessions de Nissan sur le continent. Ces 400 premières bornes sont fabriquées par Nissan au Japon. DBT sera chargé de les mettre aux normes européennes, d'ajouter un module courant alternatif pour les véhicules Renault et de gérer leur installation. Sur les 3 600 suivantes, nous en importerons encore 600 du Japon. Nous en fabriquerons 1 000 dans notre usine de Douai, dont nous allons doubler la surface de production pour atteindre 6 000 m². Et 2 000 à Sunderland, en Angleterre, où Nissan met un atelier gratuitement à notre disposition.
Comment DBT a-t-il décroché ce partenariat ?
Fukushima a été un énorme traumatisme au Japon. Le groupement des constructeurs automobiles - Nissan, Mitsubishi, Honda, Toyota, Subaru - travaillait sur la norme Shademo de borne de recharge rapide. Jusqu'alors, c'était le président de Tepco, opérateur de la centrale nucléaire de Fukushima, qui présidait ce groupement. À la suite de l'accident, le président de Nissan a été choisi pour le remplacer. Parmi les constructeurs japonais, son entreprise est la plus active sur le sujet, devant Mitsubishi. Honda est relativement en retard, tandis que Toyota privilégie aux 100 % électriques les voitures hybrides. À l'époque, une trentaine de sociétés étaient déjà qualifiées Shademo. Y compris de grandes comme ABB, Siemens, Schneider Electric... Mais DBT a été la première à l'être en Europe après Fukushima. C'est ainsi que nous sommes apparus dans les écrans radars de Nissan. Pour lui, l'avantage d'une PME comme DBT est aussi d'être très réactive. Sur le marché de la voiture électrique, tout va très vite.
Pourquoi ne pas s'être associé à un constructeur français ?
Être une PME en France n'est pas facile. Nous avons beau être un fabricant français de bornes de recharge, nous n'avions par exemple pas initialement été invités au groupe de travail du Grenelle de l'environnement sur l'infrastructure de recharge. Voilà qui en dit long sur la place accordée aux PME en France. Surtout, les constructeurs nippons sont très favorables aux bornes de recharge rapide. Car plus de 50 % de la population mondiale vit dans les villes. Ce pourcentage grimpe pour les Japonais à 70 %, dont 10 % seulement ont un garage. En France, il y a certes une croyance selon laquelle la recharge lente prédominera le marché, mais elle se heurtera à cette réalité. À défaut de garage, il sera hors de question d'immobiliser une voiture électrique durant 6 heures. Avec leur norme Shademo, les Japonais veulent promouvoir la recharge rapide. Nissan a une stratégie mondiale et DBT est désormais dans son sillage en Europe. Nous enclenchons un développement à l'international. Nous venons de créer des filiales en Suède, aux Pays-Bas, en Angleterre, en Espagne...