Où en est Solairedirect dans son développement international ?
Des pays comme l'Inde ou l'Afrique du Sud ont vu baisser les prix du photovoltaïque. Désormais, ils considèrent que cette énergie n'est plus réservée aux pays du Nord. En décembre, nous avons gagné un projet de 5 MW en Inde. Le deuxième appel d'offres sud-africain vient d'aboutir. Sur neuf projets solaires attribués, deux sont les nôtres pour une puissance totale de 18 MW et une construction en 2013. Nous venons aussi de signer notre premier contrat au Chili - un projet de 1 MW - avec une compagnie minière.
L'export compense-t-il les incertitudes en France ?
Solairedirect n'est pas dans une logique de fuite du marché français. Nous avons une vision décentralisée. Chaque pays est une filiale soeur dans un groupe mondial, la France comme les autres. En Afrique du Sud, le management est sud-africain. Chilien au chili, indien en Inde... L'enracinement est un pilier de notre développement. Nous fondons des co-entreprises avec des acteurs locaux pour la conception et l'exploitation des centrales. Nous croyons par exemple aux partenariats avec de gros consommateurs d'électricité.
Quelle est la recette pour s'imposer partout dans le monde ?
Comme pour toute commodité, la compétitivité du prix est la clé pour l'électricité. Solairedirect a fait évoluer son modèle économique vers des prix plus bas. C'était la vision historique. Mais elle a pris forme plus rapidement que prévu, notamment à cause du moratoire en France. Il s'agit d'abord de minimiser les coûts d'investissement. Il faut s'assurer que les fournisseurs proposent une offre - ou fabriquer soi-même - au meilleur prix. En développant des relations de confiance sur le long terme avec les meilleurs acteurs, ils accepteront de faire des efforts. Notre usine de modules en Afrique du Sud approvisionnait jusqu'à présent les projets français. Elle en fera désormais de même avec les sud-africains. Nous allons augmenter sa capacité de 40 à 100 MW en nous associant avec un chinois. Nous réalisons aussi en permanence un travail de ré-ingénierie pour réduite les coûts. Notre feuille de route est de passer de 55 centimes par watt aujourd'hui à 35 en 2014. Comme dans l'automobile, c'est un travail d'amélioration continue. Un autre point important est la capacité de financement, qui est liée à la perception du risque. Et être capable de créer de la valeur, par exemple en signant des contrats sur trente ans, contre seulement vingt ans si vous vous appuyez sur des tarifs d'achat.
Faut-il renoncer au « made in France » ?
Ne nous battons pas pour la fabrication, mais pour l'ingénierie. C'est là où la France crée de la valeur. Technip, Vallourec ou encore Schneider Electric sont des leaders mondiaux dans la conception de systèmes complexes. Dans le photovoltaïque comme ailleurs, il est important d'identifier ses forces, plutôt que de se centrer sur des faiblesses... qui sont les points forts des autres. Autant nouer des partenariats. Le travail en réseau favorise la fertilisation croisée. Le collaboratif permet la mise en commun de ressources, d'idées, d'innovation... Nous travaillons en Afrique du Sud sur des micro-opérateurs d'électricité dans les villages ou les quartiers insuffisamment alimentés. Ce projet prévu pour 2013 aura un vrai modèle économique décentralisé. Nous sommes en train de voir comment le transposer en Poitou-Charentes.