La dégradation profonde de l'économie en Europe fait s'interroger Suez Environnement. « Nous devons réduire les coûts autant que possible en Europe, en particulier dans l'activité déchets, et nous développer au niveau international », a récemment déclaré Jean-Louis Chaussade, le directeur général du groupe, lors d'un déplacement en Australie, l'une des zones de développement de prédilection de Suez Environnement. Actuellement, le modèle économique du numéro deux mondial de la gestion des réseaux d'eau et du recyclage dépend fortement du marché européen. La division « déchets Europe » assure à elle seule près de la moitié du chiffre d'affaires total de Suez Environnement, soit environ 6,5 milliards des 14,7 milliards d'euros attendus pour 2012. Mais elle ne génère qu'un tiers de son résultat opérationnel, dépassée en rentabilité par la division eau (12,4 % contre 28 %).
Or, l'activité déchets est confrontée à deux facteurs puissants qui poussent à un déclin durable des revenus. D'une part, le ralentissement économique pèse lourdement sur la production de déchets par les industriels, qui représentent à eux seuls 65 % des volumes générés chaque année en Europe par les entreprises. D'autre part, les différentes dispositions mises en œuvre par les États ou les collectivités locales pour modérer la production de déchets par les ménages ou les entreprises se répercutent directement sur les volumes traités par le groupe. En Grande-Bretagne, par exemple, le relèvement de la taxe sur les décharges vise à réorienter les déchets vers les sites de recyclage ou d'incinération, un domaine sur lequel Suez Environnement n'a investi que tardivement. Au final, les volumes globaux traités par Suez Environnement devraient s'effriter de 3 % cette année et la tendance risque de se maintenir une bonne partie de l'année 2013. Une perspective qui explique l'intérêt réel de la direction de Suez Environnement pour un rapprochement avec Veolia. Abandonné pour des questions concurrentielles, le projet aurait permis de concentrer les actifs européens des deux groupes et d'engager par la même occasion des mesures de réduction des coûts.