Les collectivités incluent de plus en plus la télérelève dans leurs contrats de délégation de service d'eau. Utilisant une infrastructure fixe, elle permet de s'affranchir de la présence d'un opérateur sur le terrain, à la différence de la radio-relève. En France, un grand nombre d'équipementiers proposent des systèmes de radio-relève, mais seuls trois acteurs sont opérationnels en télérelève. Il s'agit de Veolia Eau avec la technologie Homerider Systems (rachetée en 2009). Depuis fin 2011, Veolia Eau a confié à m2ocity, une filiale créée avec Orange, le développement de son réseau. Lyonnaise des eaux a créé, en 2009, Ondeo Systems. Enfin, Saur utilise le système Coronis du groupe Elster. « Pour des raisons liées à l'équipement et aux protocoles de communication utilisés, il est quasi-impossible, une fois un système choisi, de le faire fonctionner par un autre que celui qui l'a installé », signale Régis Taisne, adjoint au chef de service de l'eau à la FNCCR. En effet, les systèmes propriétaires utilisent des trames fermées (sauf Coronis, utilisé par Saur, opéré par m2ocity en parallèle d'Homerider sur le territoire du Sedif ) et sont verrouillés. Un exemple simple : pour les transmissions, Ondeo Systems utilise la fréquence 169 MHz, Homerider et Coronis 868 MHz...
Ces systèmes rendent les clients captifs. En 2010, Eau de Paris est devenue régie municipale et a racheté toutes les infrastructures de télérelève installées par les ex-délégataires, filiales de Veolia Eau et Lyonnaise des eaux. « Aujourd'hui, on ne peut pas superviser totalement en propre ces réseaux : ils ne communiquent qu'avec les serveurs d'Homerider et d'Ondeo Systems », explique Louise Dauffy, responsable du pôle comptage, télé-relève, métrologie à Eau de Paris. Il a fallu contractualiser avec ces sociétés pour la récupération des données. Il y a un an, l'Afnor a créé un groupe de travail pour rédiger un guide d'application des normes européennes EN 13757. Objectif : expliciter ces standards qui favorisent l'interopérabilité. « Une fois la démarche aboutie, les nouvelles versions des systèmes d'information tiendront compte du protocole commun et nous rendront
« Chacun a intérêt à ce que le compromis ne ruine pas son avance »
les anciens compatibles », assure Far-rokh Fotoohi, directeur général d'On-deo Systems. Le groupe de travail est piloté par GrDF, qui a fait avancer la partie gaz. Pour l'eau, la coexistence de systèmes largement déployés a conduit, en septembre dernier, à la constitution d'un sous-groupe. Il réunit Ondeo Systems/Lyonnaise des eaux, Homerider/Veolia Eau, Coro-nis/Saur et Eau de Paris. « Les enjeux en termes de concurrence font que la recherche d'un compromis est plus difficile que pour le gaz : chacun a intérêt à ce que le compromis trouvé ne ruine pas son avance », décrypte un observateur. À partir de décembre, le salarié d'Ondeo Systems qui représentait Lyonnaise des eaux – et accompagnait en parallèle son client GrDF dans le groupe de travail plénier – a peiné à combiner ces deux casquettes, puis a fini par se retirer du groupe Eau. Chez Ondeo Systems et Lyonnaise des eaux, on affirme qu'il n'y avait rien d'intentionnel. La chaise est pourtant restée vide pendant plusieurs semaines. Les travaux se sont poursuivis entre les acteurs restant, jusqu'au 10 janvier. À cette date, ils ont été informés que la direction de Veolia Eau devait « définir sa position sur les données métiers et le niveau d'interopérabilité », ce qui leur a donné l'impression que l'opérateur voulait faire machine arrière. Les travaux ont été paralysés pendant deux semaines. « La formulation était malheureuse, convient Christian Gacon, directeur technique de m2ocity. À ce stade, il était légitime de faire valider les positions par la direction de Veolia Eau. Cela a généré un iatus de communication, alors qu'il n'y avait pas de remise en question des conclusions des travaux ». Depuis le 29 janvier, tout le monde est revenu autour de la table. Une première version de la partie eau du guide a été validée. Mais « elle n'est pas suffisamment aboutie pour garantir une interopérabilité. Beaucoup de travail reste à faire », estime Louise Dauffy. Affaire à suivre...