Attendu dans un mois, leur rapport s'annonce au vitriol. Deux députés, Marie-Noëlle Battistel (Isère) et Eric Straumann (Haut-Rhin), ont entendu une centaine d'acteurs. Ils sont parvenus au même constat que leurs collègues sénateurs à l'initiative d'une proposition de loi visant à donner du lest à la filière hydroélectricité (en prolongeant de quinze ans la durée des concessions en cours). Amorcée en 2006, la procédure de remise en concurrence de celles qui arrivent à échéance vise pour l'heure 20 % du parc, soit 49 barrages. Véritable casse-tête, elle a nécessité un toilettage réglementaire qui pousse à l'attentisme. « Les concessionnaires sortants ont rencontré des candidats potentiels à la reprise. Mais le passage de relais s'avère coûteux en temps et en relations humaines. Car, contrairement à la filière nucléaire, ici le cadre n'est pas standardisé d'un site à l'autre », prévient Éric Straumann. D'où la nécessité d'un travail sur-mesure, barrage par barrage, qui s'annonce contreproductif. « Ce renouvellement au fil de l'eau est inadapté, confirme Marie-Noëlle Battistel. Inévitablement destructeur d'emplois, il risque de segmenter la chaîne hydraulique, et donc hydroélectrique, actuellement structurée par vallée ». Autre difficulté, les conflits d'intérêt que la procédure risque d'engendrer. Bruxelles l'a d'autant plus à l'œil que, comme l'ajoute la députée, la France est le seul pays à s'être lancée dans cette voie concurrentielle : « C'est un nid à contentieux. Et un paradoxe de voir que les pays d'où sont issus certains candidats à la reprise des concessions n'ont pas ouvert la gestion de leurs propres parcs hydrauliques à la concurrence ».