Présenté comme un modèle international lors de sa création, le marché européen du carbone vit probablement ses dernières heures. En votant contre la proposition de la Commission européenne – qui visait à diminuer les quotas d'émission de CO2 alloués aux industriels pour relancer les prix et tenter de retrouver un cercle vertueux – le Parlement européen a mis à mort le système. Dès le vote, le prix de la tonne de CO2 s'est effondré à son niveau le plus bas. Et selon de nombreux analystes, ils devraient tendre rapidement vers zéro, et ce « pour plusieurs années », craignent les spécialistes du secteur chez UBS. La tonne valait 20 euros il y a deux ans. Les industriels encore possesseurs de quotas vont forcément chercher à se délester de leurs certificats, entraînant un peu plus les prix à la baisse.
Mais au-delà de ce mouvement sur les prix, le vote du Parlement met à mal l'intégralité du principe initial. Il visait à encourager les industriels à réduire leurs émissions de CO2, ou au moins à payer en contrepartie de rejets excessifs. Avec des prix proches de zéro, les gros émetteurs n'auront plus aucune incitation à faire des efforts, s'inquiètent les défenseurs du projet. Cela pourrait avoir des conséquences indirectes sur le développement de technologies ou de services destinées à réduire les émissions de CO2 .
Le système communautaire d'échange de quotas d'émission, dit « ETS », avait été mis en œuvre au sein de l'Union européenne à la suite de la ratification du protocole de Kyoto. Il visait à créer un cadre commun à l'ensemble des industriels. Sa probable disparition, du fait de sa totale inefficacité, risque maintenant de pousser chaque État à mettre en place son propre système de contrôle des émissions de CO2, comme c'est déjà le cas par exemple en Grande-Bretagne. Avec, au final, de probables distorsions de concurrence entre industriels. Les groupes les plus engagés dans les énergies propres, comme Verbund ou Fortum, sont en effet clairement désavantagés par rapport à ceux utilisant encore en majorité le charbon par exemple (RWE). Ce risque pourrait pousser les Européens à envisager, à terme, une réforme plus large du système des quotas.