300 à 400 milliards d'euros. C'est le montant estimé que la France devrait avoir à mobiliser pour financer la transition énergétique du pays au cours des trois prochaines décennies. Une somme importante dans laquelle le coût de démantèlement des installations nucléaires devrait prendre une part considérable. Jusqu'à présent, la fin de vie des 58 réacteurs français était estimée par les industriels en charge de leur exploitation à 18,4 milliards d'euros. Or, dans son rapport de janvier 2012, la Cour des comptes avait reconnu son incapacité à valider ce chiffre en raison des trop grandes incertitudes économiques, industrielles et financières que représente un tel programme, totalement inédit. Dans ce contexte, WWF France vient de soumettre au débat la création d'un fonds spécial, géré par la Caisse des Dépôts et doté – au minimum et dès sa création – des provisions inscrites dans les bilans des opérateurs pour couvrir les coûts du démantèlement des centrales nucléaires. EDF, Areva et le CEA ont jusqu'à présent mis 39,4 milliards d'euros de côté.
Ce fonds pour la « Transition énergétique et une sortie équitable du nucléaire » (Tesen) garantirait ainsi de façon indépendante et transparente le financement du démantèlement des installations. Mais il aurait une seconde vertu, selon le WWF. Les fonds qu'il pourrait collecter en plus des provisions apportées par les industriels permettraient de financer la transition énergétique du pays. Le WWF propose que quelques centimes d'euro sur les kilowattheures produits par les centrales nucléaires remontent dans les caisses du Tesen, jusqu'à ce que celles-ci atteignent au minimum 300 milliards d'euros. Les fonds seraient alors dirigés vers les collectivités locales, l'État, les entreprises et les particuliers afin qu'ils puissent faire face à des investissements dont le retour est long par nature, car basé sur les économies d'énergie à venir. Ce type de véhicule financier existe déjà en Finlande et en Suède, insiste le WWF. Il rappelle d'ailleurs qu'une proposition de loi en ce sens avait été défendue en 2006 par 142 députés socialistes français, dont François Hollande, Jean-Marc Ayrault, Manuel Valls, Laurent Fabius ou bien encore Arnaud Montebourg. Le débat est aujourd'hui de nouveau sur la table.