Le cadre du débat a-t-il été correctement posé ?
Oui et non. Un débat national était nécessaire. Il s'avère utile par sa globalité : tous les sujets y sont traités, même ceux qui fâchent comme le nucléaire. Néanmoins, certains points n'ont pas été assez cadrés. Nous n'avons pas eu d'engagement fort sur le respect du Facteur 4 et des objectifs internationaux de la France en termes de renouvelables, d'économie d'énergie… Même si cela figure dans la charte d'organisation du débat, nous avons eu à étudier des scénarios ne respectant pas ces engagements. Autre limite, le débat a été porté par le seul ministère de l'Ecologie, alors que les enjeux dépassent son périmètre. Ont ainsi été présentés les analyses macro-économiques de scénarios ambitieux, comme ceux de Négawatt ou de l'Ademe. Elles montrent que la transition énergétique est un réservoir de croissance et d'emplois : 600 000 à 700 000 d'ici à 2030.
Pour FNH, à quelles conditions le débat sera-t-il réussi ?
La démocratisation est l'enjeu numéro un. Ce débat doit être celui de tous les citoyens, car s'y jouent la place de la France en Europe et dans le monde, sa ré-industrialisation, des changements de comportement… Les chaînes de télévision et les radios publiques doivent sensibiliser tous les Français. Ensuite, il faudra choisir un scénario ambitieux qui, a minima, respecte les engagements internationaux déjà pris. Troisième point, la maîtrise des consommations devra en constituer le socle. Cela doit être réaffirmé et accompagné d'une série de mesures. Enfin, il y a la question du financement.
Vous avez été le rapporteur du groupe de travail sur le sujet…
Les scénarios les plus ambitieux supposent un surinvestissement dans un premier temps, mais les bénéfices sont quasi immédiats. Il y a un supplément de 15 milliards d'euros par an jusqu'en 2020, mais tout en réduisant sur la même période la facture énergétique française de 12 milliards par an. A l'horizon 2030, le surinvestissement annuel est de 8 milliards d'euros… pour une baisse de la facture énergétique de 48 milliards par an ! Ces chiffres correspondent à des hypothèses élevées des prix de l'énergie. Cela dit, avec des prix bas, la tendance reste la même : une baisse de 24 milliards d'euros par an en 2030 de la facture énergétique. Dans tous les cas, les scénarios ambitieux sont favorables.
Comment amorcer les investissements ?
Comme rapporteur du groupe de travail, je peux vous citer quatre mesures consensuelles. D'abord, faire formellement de la banque publique d'investissement celle de la transition énergétique. Ce doit être un axe central de sa doctrine d'investissement. Ensuite, il faut un financement spécifique pour la rénovation des bâtiments, sur le modèle de la banque publique allemande KfW. Elle y consacre un tiers de ses moyens. Par ailleurs, une part plus importante de la collecte des livrets A et développement durable doit être orientée vers la transition. Enfin, nous proposons d'étudier – au-delà de la seule rénovation des bâtiments – la création d'une société de financement de la transition. Au nom de FNH, j'ajoute que – puisque François Hollande a annoncé un plan d'investissement de dix milliards d'euros sur les secteurs d'avenir – nous pourrions en consacrer cinq à la transition énergétique : deux attribués à la banque publique d'investissement, un à la banque de la rénovation des bâtiments et deux à la société de financement que nous proposons de créer.