BBC, qualité de l'air intérieur, garantie de performance énergétique, RT 2012... Et la nature dans tout ça ? Le secteur du bâtiment s'efforce depuis plusieurs années de réduire ses impacts environnementaux, mais encore trop rarement sous le prisme de la préservation de la biodiversité. Et quand c'est le cas, c'est la plupart du temps au travers d'un mur ou d'une toiture végétalisée. L'impact d'un projet sur le vivant dépend pourtant également de l'origine et du degré de transformation des matériaux de construction choisis. Le guide « Bâtir en favorisant la biodiversité » de Naturparif préconise ainsi d'augmenter la part de matériaux recyclés intégrés en identifiant notamment les démarches voisines d'écologie industrielle, de privilégier les ressources locales et de se référer à des labels d'exploitation durable, comme FSC ou PEFC pour le bois.
Si on voit apparaître ici ou là une école isolée en paille ou une résidence sociale construite en béton de chanvre, et les filières correspondantes faire des efforts de structuration, la plupart des entreprises s'intéressent surtout au bois. Le décret du 15 mars 2010 en imposant une quantité minimale dans certaines constructions a été invalidé fin mai par le Conseil constitutionnel, à la suite d'une saisine des professionnels du ciment et du béton. Mais certains se sont déjà engagés. « Nous avons adopté en janvier 2012 une politique sur le bois qui privilégie les structures mixtes et recruté deux ingénieurs spécialisés. Nous livrons cet été, à La Rochelle, une résidence universitaire composée de modules de bois massif préfabriqués en usine. Pour incorporer davantage de matériaux bio-sourcés à nos projets, il nous reste un important travail technique et de persuasion, en interne comme auprès des maîtres d'ouvrage. Nous préparons néanmoins pour fin 2014 une démarche structurée, un de nos engagements dans le cadre de la Stratégie nationale de biodiversité », témoigne Ingrid Jouve, responsable développement durable d'Eiffage Construction.
Donneurs d'ordres ou entreprises motivées disposent à ce jour de peu d'outils, mis à part un guide des Amis de la Terre sur l'habitat social. « Il n'existe pas de critère sur la biodiversité dans les fiches de déclaration environnementale et sanitaire (FDES). Nous avons donc développé une «calculette» d'analyse de cycle de vie. Nous avons en outre confié une veille technique à des étudiants du mastère Biodiversité, environnement et grandes infrastructures que le groupe a contribué à créer », reprend Ingrid Jouve. Sur le sujet, le ministère de l'Écologie n'a cependant pas chômé. Pilote d'un plan d'action spécifique, Jean-Michel Grosselin, de la direction générale de l'Aménagement, du Logement et de la Nature (DGALN) doit présenter le 12 juin, à Sens, les avancées de trois années de travail. Un label bâtiment bio-sourcé, pas encore pleinement opérationnel, est même sorti fin 2012.
« De nombreux acteurs s'interrogent sur la maturité des filières bio-sour-cées, mais il faut savoir que 7 à 8 % des isolants sous avis techniques du marché sont à base de chanvre, de lin ou de bois », révèle Bernard Boyeux, directeur de l'association Constructions et bioressources, qui vient de mettre en ligne un centre de ressources et d'information national et régional. L'absence d'outils ou de structure de référence contraint cependant les professionnels à aller chercher l'information auprès de chaque filière. Des filières que la collectivité peut inspirer, à l'image du conseil régional d'Aquitaine qui a récemment chargé le cabinet de conseil Nomadéis d'accompagner « l'émergence d'un marché local d'écomatériaux » ou du parc naturel régional du Gâtinais français qui a créé sa filière locale Atout chanvre. À l'image également d'Amiens (80), qui affectait en 2010 un mi-temps de chargé de mission au développement des écomatériaux dans ses projets. « Ce sujet, très complexe, ne représente plus que 10 % de mon activité. En marché public de rénovation, les difficultés s'avèrent nombreuses, et convaincre mes collègues du service bâtiment n'est pas le plus simple », regrette Patrice Cotté, l'intéressé, qui attend des jours meilleurs pour reprendre son bâton de pèlerin…