Que représente cette levée de fonds pour Solairedirect ?
Depuis la création de l'entreprise en 2006, nous avons récolté 700 millions d'euros. Sur le plan quantitatif, cette levée ne nous fait pas changer de dimension. En revanche, elle porte en elle trois messages forts. D'abord, c'est la première fois que Solairedi-rect réalise une levée pour des projets à 100 euros du mégawattheure. Auparavant, nous étions plutôt à 300 euros. Ensuite, elle ne concerne pas seulement des parcs en France, mais aussi en Inde et en Afrique du Sud. Enfin, nous avons réussi à attirer BlackRock. Avec ses 4 milliards de dollars sous gestion, c'est un investisseur de très haut niveau. Il n'avait jamais investi dans le solaire. C'est un signe : le photovoltaïque devient une activité économique de premier plan.
Les autres investisseurs sont allemands, indiens, sud-africains… Aucun français ?
Neuf des douze centrales financées sont localisées en France. Elles représentent près de 120 des 156 millions d'euros levés. Pourtant, non, parmi les investisseurs, aucun n'est français. J'y vois deux raisons. D'une part, les négociations ont été lancées en 2012, en pleine crise de l'euro. Le système français, comme en Espagne ou en Italie, a beaucoup souffert. D'autre part, le monde bancaire et financier français manque de compétences. À quelques exceptions près, comme la Caisse des dépôts, il y a un niveau d'expertise, notamment en Allemagne, qu'il n'y a pas dans l'Hexagone. Un changement s'opère dans le monde de l'énergie et la France ferait bien d'y être plus attentive.
Quel changement ?
Prenez le Chili. Il a annoncé pour 6 GW de projets photovoltaïques. Dans ce pays, il n'existe aucun tarif d'achat. Aucun soutien public. C'est une pure logique de marché. Certes, l'électricité traditionnelle y est chère et l'ensoleillement y est très important. Il est donc normal que le solaire s'y développe sans subvention. Tous les projets n'aboutiront certainement pas. Il y a probablement une part spéculative. Mais elle se développe sur la base du marché, pas des subventions. Le Chili envoie là un message qui fait écho à l'investissement de BlackRock dans Solairedirect et qui annonce un tsunami dans le monde de l'énergie : l'irruption du solaire compétitif. Si plusieurs investisseurs internationaux misent dessus, c'est qu'il y a un mouvement global du marché. On parle beaucoup des gaz de schiste. Mais le solaire compétitif arrive et va bouleverser les équilibres énergétiques à court terme.
Comment avez-vous convaincu ces investisseurs ?
Les investisseurs ont aujourd'hui de très grandes exigences. Ils ont besoin de répondant et d'expérience. Il y a une telle montée en compétences qu'apparaît une barrière à l'entrée difficile à franchir pour un petit développeur. Les investisseurs ont vu chez Solairedirect un industriel du photovoltaïque, tant comme développeur que constructeur de centrales. Avec 260 MW de projets et un effectif de 250 personnes, l'entreprise a atteint une taille critique. Les productibles sur quatre ou cinq ans que nous montrons aujourd'hui sont un fort élément de réassurance. Nous négocions d'ailleurs déjà d'autres financements. Au plus tard en septembre, la prochaine vague devrait arriver. La levée de fonds qui vient d'être faite va financer 99 MW, globalement ce que nous avons construit depuis un an. Mais près du double en sont aux premières étapes de construction. Notre activité s'accélère.