C'est davantage qu'un appel à la vigilance qu'a lancé, le 10 juillet, le gestionnaire du réseau de transport d'électricité. RTE présentait la version actualisée de son bilan prévisionnel. Cet exercice repose sur des modélisations de l'équilibre offre-demande d'électricité sur cinq ans. D'ordinaire, RTE se réfère à deux paramètres, tirés de calculs de probabilités. D'abord, « l'espérance mathématique de durée de défaillance », censée rester inférieure à trois heures par an d'après la réglementation française. Dans le scénario de référence, elle le sera bien chaque année jusqu'en 2018 (mais atteindra deux heures trente en 2016, et trois heures en 2017 et 2018 si rien n'est fait). Ensuite, la « puissance manquante » : quand le précédent critère n'est pas atteint, elle correspond aux moyens supplémentaires qu'il faudrait pour le respecter, sans préjuger de leur nature. « Ce critère un peu technocratique devient vieux. Il faudra sans doute le revoir un jour », juge Pierre Bornard, vice-président du directoire de RTE. En complément, le gestionnaire a donc introduit cette année un nouvel indicateur : la marge dont dispose le réseau. Elle met en évidence la puissance disponible pour pallier à l'éventuelle indisponibilité non prévue d'un moyen de production sans nuire au critère de défaillance. Dans ses modélisations, RTE tient compte de l'impact de la crise économique et de l'évolution attendue du parc de centrales thermiques. Il suppose une installation de 800 MW/an pour l'éolien comme pour le photovoltaïque, et une stabilisation des effacements de consommation à 3 GW. Résultat : confortable durant les deux prochaines années (5,8 GW, puis 4,5 GW), la marge chuterait à 0,4 GW en 2016, puis serait nulle en 2017 et 2018. Face à cette situation « potentiellement tendue », signale Dominique Maillard, président du directoire de RTE, la France n'aura pas le temps de construire assez de moyens de production d'électricité. « Au-delà des interconnexions, il faut donc développer les mécanismes donnant de la flexibilité au réseau, comme le stockage et les effacements », prévient-il. Notons que la situation sera, selon les scénarios de RTE, encore plus critique en cas de forte reprise économique. TB rte-france.com