L'appel d'offres pour le déploiement d'hydroliennes pilotes sera-t-il bientôt publié ? Le troisième trimestre, telle était la date suggérée par le rapport sur les énergies marines renouvelables remis au printemps aux ministres concernés par le CGEDD et le CGEIET (conseil général de l'environnement et du développement durable, conseil général de l'économie, de l'industrie, de l'énergie et des technologies). Cette initiative prendrait la forme d'un appel à manifestation d'intérêt (AMI), à distinguer du récent AMI de l'Ademe sur les briques technologiques toutes énergies marines confondues. L'AMI hydrolien doit porter sur des fermes, « au minimum trois de cinq machines », sur les trois sites français les plus riches en courants marins : le raz Blanchard, le raz Barfleur et le passage du From-veur, avec tarif d'achat spécifique et mise en service en 2016. Pour la filière française, cet appel d'offres marquerait le démarrage d'une troisième étape, cruciale, après les prototypes et démonstrateurs, et avant celle des fermes commerciales. Cruciale, parce qu'elle donnera une visibilité sur les coûts d'installation et de production, jusqu'alors très approximatifs.
En production, la fourchette communément admise est de 200 à 250 eu-ros/MWh, comme l'indique une étude d'Enea Consulting de mai 2012. Une gamme de coûts confirmée par l'Institut France Énergies Marines au dernier salon Thétis, à Brest au printemps dernier, et supérieure d'une petite centaine d'euros à celle de l'éolien offshore posé, au vu des propositions de prix formulés par les lauréats du premier appel d'offres sur les quatre parcs retenus. À Thétis, Frédéric Petit, directeur marketing énergie chez Siemens, annonçait « 300 euros/MWh comme prix de référence pour les appels d'offres britanniques à l'horizon 2017, et 150 euros en 2020 ». Des jalons repris par le rapport CGEDDCGEIET. Le bureau d'études cherbourgeois Tidalys se veut beaucoup plus optimiste, annonçant 30 eu-ros/MWh sur son Electrimar flottant, grâce aux économies d'échelle, puisque la machine pourra monter jusqu'à 4,2 MW. Le Suédois Minesto,
concepteur d'une petite hydrolienne de 500 kW en forme de cerf-volant, table, lui, sur 60 à 140 euros/MWh.
Mais sans fermes en grandeur nature, impossible d'affiner ces chiffres. Les professionnels n'ont pas encore assez de retour d'expérience sur la nature des fondations, le temps d'immobilisation des navires de pose, ou sur le raccordement pour annoncer des coûts précis et peu variables. Or, les fondations représentent un gros tiers de la chaîne de valeur d'une hydrolienne, les opérations d'installation pesant environ 20 %, et la pose du câble sous-marin 10 %. Le choix d'une technique différente a vite fait de modifier la facture globale. « Nous privilégions la fixation par tripode horizontal, moins onéreux, à la paire de pieux », indique James Ives, directeur général d'OpenHydro, la firme irlandaise qui a inventé l'hydrolienne à trou central et ambitionne d'être « moins chère que l'éolien offshore ». Chez Siemens, le choix de deux turbines bipales jumelles, de part et d'autre d'un même arbre (comme une balance d'épicier), « réduit le coût au mégawatt en réduisant le besoin de câblage et les équipements de distribution ». Chez Alstom, la machine flotte, ce qui permet de la remorquer facilement. « Les coûts d'installation et de maintenance s'en trouvent réduits, puisqu'il n'est pas nécessaire d'utiliser des navires et des plongeurs spécialisés », indique la société. La machine pivote selon un angle optimal pour faire face aux courants de marée et gagner ainsi en rendement. « Cette technologie optimisera la production d'électricité et limitera les contraintes de maintenance », apprécie Jérôme Pécresse, président d'Alstom Renewable Power, qui a lâché son partenaire canadien Clean Current pour le Britannique TGL. Pionnier de l'hydrolien français avec sa ferme expérimentale de Paimpol-Bréhat, EDF reconnaît qu'il n'a pas encore tous les éléments pour calibrer l'économie d'un parc. On suivra donc avec attention le match entre les différentes technologies.