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DÉCHETS

[Tribune] Recyclage industriel : le retard qui va coûter cher à la France


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LA RÉDACTION, LE 23 OCTOBRE 2026
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[Tribune] Recyclage industriel : le retard qui va coûter cher à la France
©DR
Le recyclage en France n’est pas rentable. C’est la dure réalité qu’illustre le récent rapport d’ Oliver Wyman sur l’exploitation de nos déchets métalliques et plastiques. La France est même un des mauvais élèves de l’Europe : le tri-recyclage est près de 3 fois moins rentable dans l’Hexagone que la moyenne européenne. Une tribune de  Laurent Trognon, Président et Fondateur de REC et Jean Saint-Donat, Membre du board de REC. 

La France a pour ambition de se réindustrialiser, avec comme fil rouge la souveraineté. Or, aujourd’hui la France est dépendante, important la matière première vierge nécessaire pour alimenter ses industries. Toutefois, dans un contexte mondial de tensions géopolitiques et commerciales, cette dépendance est une réelle faiblesse et l’exploitation de nos déchets stratégiques s’impose peu à peu comme un projet nécessaire pour garantir une plus grande indépendance industrielle. Le retard de la France sur ses voisins européens n’est pas impossible à combler, il est juste grand temps de se poser les bonnes questions et d’agir.

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La France, grande championne de l’export

La France collecte, trie, mais ne recycle pas encore assez. En réalité, elle exporte la plus grande partie de ses déchets stratégiques, laissant le soin de la transformation et de la valorisation aux autres. Une des raisons principales à cette politique est le manque d’industries capables de recycler ces matières sur le sol français. Par exemple, sur 36 métaux critiques, la France est capable d’en valoriser seulement quatre. Et la même chose peut être dite sur nos déchets plastiques, dont la plupart, à l’instar du polyamide, n’ont encore aucune infrastructure capable de les recycler à échelle industrielle. Pourtant ce n’est pas la matière qui manque, la France dispose même du solde commercial de matières premières de recyclage le plus élevé d’Europe, devant la Pologne. L’export est donc un choix économique délibéré et répété, année après année. La France a fait le choix de vendre ses déchets plutôt que d’investir dans leur transformation.

Des voisins européens qui se sont déjà positionnés

Si la France exporte plus que ses voisins, la logique veut qu’elle recycle nécessairement moins. Sur les métaux, face à une moyenne européenne de 75% de déchets recyclés, la France en recycle 60%. Mais l’écart le plus drastique se joue sur les déchets plastiques : là où la France en
recycle 25%, les Pays-Bas, bien en avance, en recyclent 45%.Certains pays européens sont donc bien avancés en termes de recyclage de leurs déchets stratégiques, comme les Pays-Bas ou encore le Danemark, pour qui la rentabilité et donc la rémunération sur leur activité de recyclage est meilleure. Or, une logique sur laquelle beaucoup d’entrepreneurs et d’industriels peuvent s’accorder est que la rentabilité constitue le principal moteur de l’investissement. Mais sur le recyclage, ce cercle vertueux n’a pas encore été vraiment enclenché en France. La faible disponibilité
même des matières recyclées, engendrée par un manque d’infrastructures, augmente leurs coûts et rend leur production moins rentable. Cette équation économique dégrade la rentabilité des opérations de recyclage et, par conséquent, limite les incitations à investir dans de nouvelles capacités industrielles. Le déficit d’investissement contribue alors à maintenir une offre insuffisante de matières recyclées, alimentant en retour leur rareté et leurs coûts. Le secteur se trouve ainsi pris dans un cercle vicieux où l’insuffisance des capacités industrielles pénalise la compétitivité du recyclage, tandis que cette faible rentabilité freine le développement des infrastructures nécessaires à son changement d’échelle. Mais cette situation n’est pas irrattrapable et ne doit surtout pas devenir une fatalité. Auquel cas la France risque bien de ne jamais pouvoir atteindre réellement sa souveraineté rêvée.

Le retard d’aujourd’hui ne doit pas devenir la dépendance de demain 

Avec les diverses réglementations en France et en Europe, les matières recyclées ont vocation à être un maillon important de nos industries dans les années à venir. Rien que sur le polyamide, deuxième fibre synthétique la plus utilisée au monde, les réglementations en ce sens arrivent. D’ici 2030, la fabrication des textiles devra se faire "dans une large mesure" à partir de fibres recyclées et le secteur automobile devra lui inclure 25%
de matières recyclées dans ses voitures, et pour ces deux industries le polyamide pèse fortement. La réglementation avance et le recyclé gagne du terrain. Les industriels cherchent de plus en plus de solutions pour se fournir en matières revalorisées, et malheureusement elles peinent encore à être d’origine française. Les pays européens qui ont investi tôt dans les infrastructures de valorisation se positionnent d’ores et déjà comme fournisseur du futur marché européen de matières recyclées. La France avec ses capacités actuelles se positionne davantage comme acheteuse. Un vrai risque pour elle de dépendance double, sur les matières vierges et recyclées, pas forcément un bon point pour la souveraineté. Face à cette réalité, le recyclage doit devenir rentable, et assez vite. La France doit désormais faire le choix de soutenir les acteurs du recyclage. Car oui, les initiatives industrielles sont là, les acteurs existent et se développent. Maintenant, il faut les aider à se structurer, parce que faute d’investissement dans la filière, la France importera demain sa matière recyclée comme elle importe aujourd’hui sa matière vierge.




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