C'est le troisième échelon au-dessus du Bepos et du Qepos, nos bâtiments et quartiers à énergie positive. Voici le Tepos, pour territoire à énergie positive. L'invention du mot est à mettre au crédit du Cler, le Comité de liaison des énergies renouvelables (lire encadré). Depuis, l'association a constitué un réseau qui regroupe dix territoires français*, et organisé deux rencontres : en 2011, en Bretagne, à l'initiative de la communauté de communes du Mené, et celles de 2012, sur l'écosite du val de Drôme, qui se sont tenues fin septembre. Mais qu'est-ce exactement qu'un Tepos ? « C'est un territoire fondamentalement rural qui veut produire plus d'énergie qu'il n'en consomme, en se positionnant sur la MDE et les ENR, et en considérant l'exportation et l'importation d'énergie comme une variable d'ajustement », définit Raphaël Claustre, directeur du Cler.
La preuve : la Biovallée drômoise, territoire de 120 communes membre du réseau historiquement positionné sur l'agriculture biologique, s'est fixé un objectif de 100 % d'énergies re nou ve lables en 2020. C'est-à-dire de produire 1,7 GWh/an à cette date, puisque telle est sa consommation actuelle d'énergie, transport inclus. « Nous allons d'abord commencer par consommer plus efficacement, corrige Jean Serret, président de la communauté de communes de val de Drôme et président de Biovallée. Cela passe par des diagnostics énergétiques des bâtiments communaux, par du covoiturage, mais aussi par des travaux d'isolation des passoires thermiques, notamment en logement social. On y a connu cet hiver des journées à moins de 17 °C alors que les radiateurs électriques étaient à fond ! »
Dans la communauté de communes du Mené (Côtes-d'Armor), la démarche Tepos est expérimentée en y ajoutant la notion d'économie circulaire, voire d'écologie industrielle. En effet, ce territoire agricole accueille l'usine de méthanisation Geotexia, dont le digestat est épandu sur des plantations de taillis à très courte rotation et de miscanthus, biomasse orientée vers des plateformes bois-énergie après récolte. Ces centrales alimentent deux petits réseaux de chaleur qui desservent des bâtiments publics, des commerces et une trentaine de maisons. Leur toiture supporte des panneaux photovoltaïques, une énergie vendue au réseau, tout comme l'électricité issue de la combustion du biogaz de Geotexia (14 GWh/an). L'usine de méthanisation produit également 14,4 GWh/an de chaleur, utilisée pour sécher le digestat et préchauffer le digesteur, et bientôt pour chauffer des serres horticoles.
Autre dimension inhérente à la démarche Tepos : l'appropriation des moyens de production d'énergie. Non seulement dans le diffus (toitures photovoltaïques chez les particuliers), mais aussi à plus grande échelle. Ainsi, le parc éolien des Landes du Mené a réuni un investissement citoyen auquel participent 120 ménages, un capital qui pèse 30 % dans l'actionnariat du projet. L'usine Geotexia appartient à 34 % à la coopérative locale d'utilisation du matériel agricole. L'huilerie de colza fabriquant du carburant pour tracteurs est gérée par une coopérative de 65 agriculteurs. Le récent appel à manifestations d'intérêt lancé par le conseil régional d'Aquitaine sur les Tepos ne promeut-il pas « la participation des citoyens au développement des projets d'énergies renouvelables » ? De même, dans le Pays thouarsais (Deux-Sèvres), autre adhérent au réseau Tepos, une SCIC (société coopérative d'intérêt collectif) photovoltaïque est en projet. « Les Tepos vont dans le sens d'une remunicipalisation de l'énergie. Proximité rime avec frugalité », approuve Thierry Lepercq, dirigeant de l'entreprise Solairedirect. La preuve aussi avec la commune de Montdidier (Somme), adhérente au réseau Tepos, qui a fait de l'appropriation des moyens de production d'ENR le fer de lance de sa politique énergétique. En janvier 2011, elle a inauguré le « premier parc éolien public de France », une ferme de 8 MW qu'elle exploite en régie et qui couvre la moitié de la consommation d'électricité des 6 500 habitants. « Les bénéfices du parc éolien seront réinvestis dans la commune, notamment au travers d'actions de maîtrise de l'énergie. Ainsi, le vent qui souffle revient aux Montdidériens ! », proclame la ville.
Les recettes de la production vont par exemple aux actions d'amélioration de l'éclairage public et de réhabilitation thermique des écoles communales. « L'objectif reste toujours, à partir des ressources dégagées, d'aller plus loin dans la production et la maîtrise d'énergie au bénéfice des habitants », martèle la ville. Avec la ferme éolienne et les panneaux photovoltaïques posés sur la chaufferie au bois, le toit d'une école, la station d'épuration et dans un champ voisin, la ville en est à 53 % d'autonomie électrique. « La prochaine étape est la construction d'une unité de méthanisation qui valorisera son biogaz en cogénération, précise Benjamin Sauval, chargé de mission MDE à la régie municipale. Côté chaleur, nous préparons l'extension du réseau de chauffage urbain raccordé à la centrale à biomasse, avec la possibilité d'y raccorder quelques logements. » Pour ce responsable, « l'objectif est une autonomie énergétique totale ». Et, à plus long terme, l'énergie positive, pour coller parfaitement au concept Tepos.