Des réseaux de chaleur insuffi samment développés. Un recours modique aux sources re nou ve lables pour les alimenter. L'Europe paie cher ses lacunes dans la valo risation de la chaleur. La récente étude Ecoheat 4EU, publiée par Euroheat & Power, a été réalisée auprès de quatorze pays euro péens, dont la France. Bilan : près de 500 milliards d'euros d'éner gie dite fatale – c'est-à-dire celle inéluctablement produite par certains procédés industriels, les centres de données, les eaux usées ou l'incinération des déchets – resteraient inexploités. C'est une perte sèche représentant près de 1 000 euros par citoyen contribua ble européen en 2008 ! Ce gise ment de chaleur inutilisé équivaut à plus de la moitié de l'énergie primaire disponible en Europe. Et, dans ce panorama du gaspi, la position de la France est loin d'être flatteuse : l'étude Ecoheat souligne qu'avec seulement 414 réseaux de chaleur recensés et 13 réseaux froids, seuls 6 % de la population tricolore étaient en mesure de bénéficier d'un réseau de chaleur.
Une performance qui place la France bonne dernière de la classe européenne, puisque la moyenne sur le Vieux Continent se situe autour des 30 %, avec des pays – comme le Danemark, la République tchèque et l'Islande – qui dépassent allégrement les 50 %. Ce constat sévère laisse augurer une marge de manœuvre significative pour les spécialistes Dalkia et autres Cofely.
Autre angle d'analyse, le faible recours aux ressources renouve lables. Selon Guillaume Planchot, président de l'association Via Sèva, les réseaux de chaleur instal lés en France uti lisent seu lement « 31 % d'énergies renouvelables et de récupération. Et les trois quarts de cette part proviennent de l'incinération des déchets ». On peut donc faire beaucoup mieux ! « Le gisement est très important en France, surtout au niveau des équipements industriels », poursuit Guillaume Planchot. La création d'une véritable filière de récupération et de valorisation de la chaleur fatale contribuerait à améliorer la compétitivité des sites industriels. Voire devenir une arme anti délocalisation. « L'énergie produite par les procédés industriels serait ainsi naturellement revendue et permettrait également aux groupes industriels éligibles aux quotas de CO 2 d'améliorer leur bilan », explique Guillaume Planchot.
Mais certains écueils poli tiques et économiques demeurent. En premier lieu : le coût. Selon les professionnels, celui du captage, en sortie d'usine, et d'un réseau de chaleur se situe entre « 15 et 20 euros le mégawattheure », chiffre Guillaume Planchot. Un montant auquel se rajoute les dépenses liées au déploiement du réseau. « En Allemagne, on n'hésite pas à poser vingt ki lo mètres de tuyaux pour raccorder un point de production d'énergie fatale au réseau », observe le président de Via Sèva.
Un meilleur maillage du territoire ainsi qu'une organisation plus décentralisée de la distribution d'énergie, constituent outre-Rhin un terreau sans doute plus favo rable. Pour autant, les pouvoirs publics français semblent avoir pris la mesure de l'enjeu. L'objec tif est d'atteindre un niveau d'ex ploitation de ressources renouve lables dans les réseaux de chaleur de 50 % en 2020, au lieu de 29 % en 2008. À cette date, il faudra aussi avoir doublé, voire triplé le nombre de mé nages raccordés. En 2008, ils étaient près de 2 mil lions et étaient reliés à 3 200 km de réseaux, selon l'étude Ecoheat. Le prochain débat énergétique sera une bonne occasion d'aller plus loin.