Deux sites en deux ans chez Séché Environnement, six à venir chez Sita, trois chez Veolia, trois ou quatre prévus chez Praxy… Le secteur des déchets semble pris d'une frénésie de production de combustibles solides de récu pération, ou CSR. « Environ 100 000 tonnes sont produites en France chaque année et il y a du potentiel pour atteindre un million de tonnes », compte Lilianne Cloâtre, à la direction générale de Veolia Propreté.
Les CSR sont surtout fabri qués à partir des refus de tri des déchets industriels banals (DIB) et des encombrants de déchèteries. Mais d'autres sources vont se développer, avec la création de nouvelles filières de collecte et de trai tement financées par leurs producteurs. Celle des déchets d'ameublement fournira de nouveaux volumes de bois et de plastiques. Et l'extension des consignes de tri des plas tiques des ménages augmen tera le gisement des refus à l'horizon 2014 ou 2015.
Ces combustibles sont des tinés aux cimenteries et autres installations de combustion, qui les brûlent, avec d'autres déchets, en substitution aux énergies fossiles. À ce titre, les cimentiers demandent à être rémunérés. Comme avec les farines animales !
Alors, pourquoi les professionnels du déchet se pressent-ils autant pour investir s'ils vendront à perte ? En fait, ce qui les intéresse, ce ne sont pas les CSR, mais les gisements de DIB, dont le tri et le recyclage génèrent des revenus par la vente de matières secondaires. Et transformer les refus de tri en CSR est moins coûteux que de les stocker en centres d'enfouis sement ou de les incinérer. La Semardel, société d'éco nomie mixte dans l'Essonne, dispose ainsi d'un nouveau centre de tri des DIB et d'encom brants de 200 000 t/ an, dont seront extraits entre 90 000 et 100 000 tonnes de CSR. « Les CSR, c'est la cerise sur le gâteau. L'unité de tri des DIB sera bénéficiaire dès la première année », se félicite Michel Legeay, direc teur technique et dé ve lop pement de la Semardel.
Mais les professionnels ont toujours l'espoir de voir le marché français évoluer, comme en Allemagne, où le CSR a une valeur positive. Pour cela, les producteurs devront fournir un CSR de qualité, en termes de PCI et de taux de chlore, mais aussi de cendre. « Le modèle économique a commencé à évoluer en Europe. Certains cimentiers les achètent s'ils correspondent à leur cahier des charges », assure Lilianne Cloâtre. Car ces industriels, soumis aux quotas d'émissions de CO 2 et à la volatilité du prix des énergies fossiles, pourraient à l'avenir porter un regard diffé rent sur ces sources de carbone non indexées sur le pétrole. Pour preuve, l'investissement de Lafarge, aux côtés de deux spécialistes des déchets, Etares et Ikos, dans une plateforme de fabrication des CSR… dont la production lui est ré servée. « L'enjeu énergétique est de taille, abonde Marc Cheverry, chef du service prévention et gestion des déchets de l'Ademe. La loi de programmation sur l'énergie devrait être actualisée fin 2012 ou début 2013. Elle intégrera sans doute les énergies fatales et donc tranchera sur la part d'énergie renouvelable produite à partir des déchets. » Les CSR disposent d'un avantage considérable : « Ils sont secs, donc stockables, à l'opposé des ordures ménagères destinées aux incinérateurs », souligne Gilles Merrien, direc teur du Smictom des Châtelets, dans les Côtes-d'Armor. Leur modèle économique pourrait donc très bientôt basculer.