Exploitant d’unités de valorisation énergétique, Tiru connaît la musique. Si la filiale d’EDF a enfilé sa casquette de constructeur pour concevoir l’installation d’Exeter (en Grande-Bretagne) en service depuis deux ans, elle s’est efforcée de ne pas oublier ces petits détails qui dégradent les performances des fours et des chaudières au fil du temps. L’entreprise a investi 46 millions de livres, soit environ 58 millions d'euros, pour allier trois objectifs : rendements optimums, pollution minimale et fiabilité. Taillé pour traiter 60 000 tonnes de déchets, le nouvel incinérateur est équipé d’un four oscillant, un tube en béton incliné à 8,5 % d’une vingtaine de mètres de long. Cette technologie qui entre en concurrence avec les fours à grilles jusqu’à des débits de dix tonnes de déchets par heure présente l’avantage de ne pas mettre en contact la flamme et les pièces métalliques, ce qui améliore notamment leur résistance. L’agitation garantit par ailleurs une qualité de combustion qui réduit les émissions d’oxydes d’azote (NOx) et de dioxines, donc le recours aux traitements, et la mise en décharge de charbon actif pollué. L'unité d'Exeter bénéficie par ailleurs d'une nouvelle technologie d'injection d'air, qui augmente le rendement énergétique de l'installation, dont le brevet est en cours de dépôt.En sortie de four, la concentration en dioxines ne dépasse pas 0,1 voire 0,15 ng/Nm3, des valeurs déjà proches des normes en sortie de filtre même si elles sont fortement rabattues après traitement.Côté performance, le directeur régional de Tiru, Stéphane Bertrand estime avoir gagné, en dix ans, cinq à dix points de rendement. Résultat : 80 à 85 % de l’énergie des déchets sont désormais valorisés. Parmi les évolutions notables : une différenciation des bétons réfractaires choisis zone par zone pour favoriser ici l’augmentation de la température et là un léger refroidissement. Un seul enjeu : faire en sorte que les fumées aient une température supérieure à 850 °C mais au-dessous de 1000 °C avant d’être envoyées dans une chaudière chargée de produire de la vapeur à haute pression puis de l’électricité (environ 20 000 MWh par an auxquels il faut ajouter l’énergie autoconsommée estimée à 5 000 ou 6 000 MWh). Le contrôle du feu est de plus en plus fin avec des mesures continues de températures, de pressions ou d’efficacité pour ajuster les débits d’air des différentes buses et la vitesse de rotation du tube.Ces paramètres varient notamment selon l’humidité des déchets et leur pouvoir calorifique inférieur. Sur cette installation, le PCI oscille entre 2 500 et 3 000 kcal/kg du fait de la présence de déchets collectés en déchèteries. Le chiffre plafonne plutôt à 2100 voire 2200 kcal/kg pour des ordures ménagères résiduelles sans apport complémentaire. Sur la plupart des installations, « on a fait beaucoup de progrès sur la régulation du feu et on a atteint un maximum. L’enjeu est désormais la disponibilité de l’installation », estime Stéphane Bertrand. Là encore, l’usine d’Exeter n’a pas à rougir de ses performances. Le taux d’arrêts fortuits a été réduit à 2 %.Olivier Descamps