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[Tribune] Le biogaz : une énergie stratégique pour la France

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[Tribune] Le biogaz : une énergie stratégique pour la France
Par Julien Chardon, président de Ilek, le 1er avril 2019
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Cette semaine, Julien Chardon, président du fournisseur d’électricité verte Ilek, revient sur le potentiel de la filière biogaz en France. Alors que le projet de programmation pluriannuelle de l’énergie diminue les objectifs, il rappelle que "le gaz bio peut être utilisé de manière aussi efficace et polyvalente que le gaz naturel pour le transport et le chauffage : du fait de ces avantages, il devient de plus en plus une priorité dans l’agenda politique et aussi une opportunité commerciale pour le secteur agricole".

Ce n’est qu’en 2007 que les premiers mètres cubes de biométhane étaient injectés dans le réseau national de gaz GRDF afin de faire fonctionner les bus de la commune de Lille. Aujourd’hui, il y aurait plus de 500 unités de production de biométhane en France, mais seulement 10 % de cette production sont injectés dans le réseau national. Le biogaz pourra-t-il faire le poids face aux besoins des Français dans les années à venir ? Quels freins empêcheraient son bon développement et son utilisation dans l’hexagone ?
 
D’ici 2030, la loi de la transition énergétique prévoit 10 % de gaz renouvelable dans la consommation française tandis que les acteurs de la filière, plus optimistes, misent sur 30 % ; malgré une baisse de ces objectifs dans le dernier projet de PPE 2019. Il devrait donc y avoir d’ici cette date entre 500 et 1.400 sites qui injecteront du biométhane dans le réseau français. Une étude de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), souligne même que la quantité de déchets en France serait suffisante pour qu’en 2050 le réseau national de gaz soit composé seulement de biométhane. Le biogaz aurait donc de beaux jours devant lui avec un marché en plein essor et qui voit grand.
 
Les obstacles à surmonter
 
Plusieurs facteurs pourraient néanmoins freiner la bonne évolution de la filière du gaz bio. La réglementation est actuellement trop complexe et les autorisations trop longues à obtenir pour développer les sites de production. En effet, les acteurs de la filière souhaitent réduire à trois ans les délais entre le dépôt du dossier et la mise en service de l’unité, délais qui peuvent atteindre aujourd’hui entre sept à dix ans dans certains cas. Le biométhane se trouve au croisement de trois secteurs, chacun très technique et réglementé : l’agriculture, les déchets et l’énergie. France Biométhane, un laboratoire d’idées composé d’experts du secteur, a d’ailleurs formulé des mesures afin de limiter les contentieux. Ce dernier insiste notamment sur la nécessité de sortir le digestat du statut de déchet.
 
De plus, pour produire du gaz bio, il faut un approvisionnement en déchets conséquent et surtout régulier. C’est pourquoi la majorité des développeurs de projets qui souhaitent s’investir dans la création d’unité de production de biogaz se tournent vers le monde agricole, qui détient 80 % du potentiel méthanogène français grâce à ses déchets. Toutefois, les agriculteurs qui possèdent une quantité suffisante de déchets n’ont parfois pas les ressources financières pour investir dans des unités de production de biogaz.
 
Quelles solutions pour soutenir le développement de la filière ?
 
Des financements sont proposés par l’État pour soutenir les projets de biométhane. En février 2018, Emmanuel Macron avait déclaré devant 1.000 agriculteurs reçus à l’Elysée, qu’un fond de prêts de 100 millions d’euros serait consacré aux sites de fabrication de biométhane accompagné d’une réforme de la réglementation. On considère que le coût de l’investissement se situe entre 3.000 et 5.000 euros par kW installé. Une petite installation de 100 kW coûterait environ 500.000 euros.
 
D’autre part, les acteurs s’unissent et discutent des enjeux du biométhane grâce à des organismes de soutien tels que le syndicat des énergies renouvelables ou le laboratoire d’idées France Biométhane pour sensibiliser les pouvoirs publics et les citoyens aux atouts du biométhane. Grâce à l’optimisation maximale de cette ressource, à portée de main, le déchet n’est plus une charge mais devient une valeur. Du côté de l’accompagnement, l’Ademe met à disposition des acteurs, ses capacités d’expertise et de conseil. Tous soulignent qu’il est nécessaire que la filière biométhane gagne en visibilité pour encourager les investissements et les porteurs de projets.
 
Une filière créatrice d’emploi et d’autonomie énergétique
 
Le gaz consommé en France est quasiment exclusivement importé et contribue pour 10 milliards d’euros à notre balance commerciale à l’importation. Produire un gaz sur le territoire permettrait de diminuer d’autant notre déficit commercial et ainsi contribuer à notre économie. C’est sans compter les milliers d’emplois créés par la construction et l’exploitation des 8.000 unités nécessaires à notre autonomie.
 
Par ailleurs, l’augmentation de la part du gaz renouvelable en France contribuera également au développement de l’électricité renouvelable en alimentant les centrales thermiques de pointe en complément du solaire, de l’éolien et de l’hydroélectricité.
 
Le gaz bio peut être utilisé de manière aussi efficace et polyvalente que le gaz naturel pour le transport et le chauffage. Du fait de ces avantages, il devient de plus en plus une priorité dans l’agenda politique et aussi une opportunité commerciale pour le secteur agricole qui a besoin de se réinventer. Il est donc certain que le biogaz représente la solution efficace pour combattre le réchauffement climatique et une alternative attrayante aux carburants très controversés.
Julien Chardon, président de Ilek
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