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ÉNERGIE

Tribune | Stabiliser la filière solaire au-delà des secousses réglementaires

JULIEN MAHOT, DIRECTEUR GÉNÉRAL D’INNOVATIVE & SMART BUILDINGS, ASSOCIÉ DU COLLECTIF MYRIUM, LE 26 JANVIER 2026
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Tribune | Stabiliser la filière solaire au-delà des secousses réglementaires
Julien Mahot, Directeur général d’Innovative & Smart Buildings, associé du collectif Myrium. Crédits : Florence Bonny_CCI 92
Face aux récentes secousses réglementaires et à la révision des objectifs nationaux, Julien Mahot, directeur général d’Innovative & Smart Buildings, associé du collectif Myrium, plaide pour stabiliser la filière solaire française en misant sur la robustesse économique et la performance énergétique.

La filière solaire française vit aujourd’hui un moment charnière. Alors que le marché reste largement soutenu par des aides publiques, trois phénomènes récents viennent en bouleverser l’équilibre : la baisse des tarifs d’achat, l’assouplissement des obligations de solarisation et la révision des objectifs nationaux. Ces évolutions imposent à l’ensemble du secteur un changement de paradigme : passer d’une logique de subvention à un modèle réellement durable et économiquement solide.

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Tarifs d’achat : l’autoconsommation devient la norme
Depuis le 27 mars 2025, le tarif de rachat du surplus d’électricité photovoltaïque pour les nouvelles installations est passé à 4 centimes d’euro/kWh, contre 12,69 centimes auparavant. Cette chute marque un virage majeur : la revente ne peut plus constituer un levier de rentabilité. Le solaire retrouve ainsi sa fonction première : produire localement pour consommer localement.

À première vue, cela réduit l’intérêt du marché grand public. Mais cette évolution recentre le solaire sur sa véritable vocation : devenir un levier d’efficacité énergétique et de résilience pour les entreprises, plutôt qu’un placement spéculatif fondé sur la revente à EDF.

Obligations de solarisation : de la contrainte à l’opportunité
L’adoption, le 15 octobre 2025, de la loi de simplification du droit de l’urbanisme et du logement assouplit les obligations de solarisation des parkings de plus de 1 500 m² : possibilité de combiner ombrières et végétalisation, délais étendus pour les projets en cours. Ce texte s’inscrit dans une succession de revirements : la suppression pure et simple de l’obligation avait été votée à l’Assemblée nationale en mai 2025 avant d’être abandonnée. Cette instabilité législative fragilise la planification, mais elle peut aussi être perçue comme une phase transitoire : elle incite la filière à concevoir des projets plus solides, mieux intégrés au bâti et plus sobres en ressources. Elle prépare, en creux, un marché aligné sur les exigences environnementales à venir.

Objectifs nationaux : l’heure de la maturité
La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), présentée en mars 2025, revoit à la baisse les ambitions pour le photovoltaïque : 54 GW à l’horizon 2030 et 90 GW en 2035, contre respectivement 63 GW et 110 GW envisagés dans sa précédente mouture. Cette révision, perçue comme un ralentissement, souligne le besoin de structurer une croissance qualitative plutôt que quantitative. Une idée revient alors dans plusieurs analyses récentes : la filière solaire tend encore à servir de variable d’ajustement dans la politique énergétique française. A cela s’ajoute le récent lancement par le gouvernement d’une mission “spot” visant à analyser le coût et l’efficacité des soutiens publics aux énergies renouvelables et au stockage. Confiée à deux figures historiques pro-nucléaire - l’ancien président d’EDF Jean-Bernard Lévy et l’ex-DG de la CRE (Commission de Régulation de l’Energie) Thierry Tuot - beaucoup redoute qu’elle n’alimente une réduction, voire une interruption, de certains dispositifs d’accompagnement. Cette perception renforce la nécessité pour les entreprises du secteur de démontrer leur crédibilité technique, leur capacité d’innovation et leur ancrage industriel.

Une équation énergétique bouleversée
Parallèlement, RTE a actualisé en décembre dernier ses prévisions à l’horizon 2030. Dans ses nouveaux scénarios, le gestionnaire de réseau confirme une situation inédite : la France dispose aujourd’hui d’un excédent structurel d’électricité. Ce déséquilibre s’explique non par une surproduction durable, mais par un retard dans l’électrification des usages. Moins de véhicules électriques que prévu et encore trop de chaudières à gaz dans le résidentiel : la conversion de la consommation fossile vers l’électricité avance plus lentement qu’attendu. Résultat, la demande reste temporairement inférieure à l’offre, ce au moins jusqu’en 2027. Ce constat interroge : est-ce vraiment le moment de poursuivre le développement des énergies renouvelables ? La réponse est pourtant claire. Oui, car cet excédent est conjoncturel. Lorsque la bascule vers la mobilité et le chauffage électriques s’accélérera, le besoin en production bas-carbone redeviendra évident.

Vers un marché solaire robuste
En conclusion, trois dynamiques convergent : la fin des tarifs attractifs, la complexité réglementaire et la révision des objectifs nationaux. S’y ajoutent une perception politique brouillée et un contexte énergétique temporairement excédentaire. Ensemble, elles dessinent les contours d’un marché plus exigeant certes, mais aussi plus sain. Le temps des rentes est désormais derrière nous ; celui de la performance énergétique, de la transparence carbone et de la qualité d’exécution commence. Le solaire français entre ainsi dans une phase de consolidation : seuls les acteurs capables d’allier robustesse économique et exigence environnementale s’y imposeront durablement. C’est cette trajectoire qu’il faut désormais consolider collectivement.


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