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ÉNERGIE

De la géothermie à Saint-Denis

SÉBASTIEN BATTAGLINI, LE 12 MARS 2026
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De la géothermie à Saint-Denis
Sous son enveloppe simple et discrète, la centrale géothermale du Fort de l’Est cache tout un arsenal technique. Elle vient se greffer au réseau de chaleur du Smirec pour apporter de nouvelles calories puisées à plusieurs centaines de mètre de profondeur. Crédits : DR
L’établissement Public Territorial (EPT) Plaine Commune inaugure sa nouvelle centrale géothermale du Fort de l’Est à Saint-Denis. Cet événement symbolise l’alliance réussie entre la gouvernance publique et l’ambition industrielle pour concrétiser la transition énergétique et une marque une volonté forte de développement du SMIREC.

L’infrastructure, exploitée par Plaine Commune Énergie, une filiale locale d’Engie Solutions, utilise la chaleur profonde du Dogger pour distribuer une énergie renouvelable, locale et intrinsèquement stable. Cette mise en service ne marque pas seulement l’ajout d’une nouvelle source d’énergie, elle est une étape majeure dans le développement du Syndicat Mixte des Réseaux d’Énergie Calorifique (SMIREC), visant notamment l’extension vitale du réseau de chaleur vers Aubervilliers, permettant d’alimenter 7 500 équivalents logements supplémentaires sur les 9 km de nouvelles canalisations.

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Dense et propre
Le président du SMIREC, Laurent Monnet, a souligné la résonance particulière de cette inauguration, prouvant qu’un territoire urbain dense et populaire peut produire une énergie propre, renouvelable et accessible au plus grand nombre, issue de son propre sous-sol. Cette chaleur, tirée de la terre, offre de surcroît l’avantage crucial d’être à l’abri des fluctuations des marchés de l’énergie. A Saint-Denis, cela repose sur la géothermie profonde, propre à l’Île-de-France qui bénéficie de l’un des potentiels géothermiques les plus importants d’Europe, grâce au réservoir géologique du Dogger, situé entre 1 500 et 2 000 mètres de profondeur. La région est d’ailleurs le premier gisement géothermique français, valorisant 1 820 GWh de chaleur géothermale, soit 87 % de la production nationale.

En sous-terrain et en grandes pompes
Le cœur technique de la centrale du Fort de l’Est est le « doublet géothermique ». Il s’agit de deux forages distincts, forés près de la chaufferie bois existante. Tout d’abord, le forage de production qui remonte l’eau chaude du sous-sol, puisée à environ 1 800 m de profondeur. Plus précisément, les puits atteignent une profondeur de 1 750 m par rapport au niveau du sol. L’autre forage est celui de réinjection. Après que l’eau a cédé sa chaleur en surface, elle est réinjectée dans le réservoir pour assurer la pérennité de la ressource. L’écartement entre les deux puits est de 1 500 mètres afin d’éviter le phénomène dit de « bulle froide ». À la surface, l’eau chaude cède sa chaleur à un échangeur de chaleur. L’eau géothermale elle-même ne subit aucun prélèvement ; seule sa chaleur est utilisée. En appoint, des pompes à chaleur permet d’augmenter le niveau de température de l’eau envoyée dans le réseau de chaleur. Si nécessaire, tout cela est complété par la chaufferie de pointe centrale. Au sous-sol de la centrale, se trouvent les échangeurs en titane qui transfèrent la chaleur au réseau de surface.

Cette capacité de production en énergie renouvelable (EnR) atteint 45 000 MWh/an, pour une puissance totale, incluant la géothermie et les pompes à chaleur, de 18 MW.

Le défi de la compacité urbaine
Les travaux, menés sous maîtrise d’ouvrage du SMIREC, se sont déroulés entre 2023 et 2025. Ils ont mobilisé une cinquantaine d’entreprises, créant souvent des emplois locaux pour la construction, la maintenance et l’exploitation du réseau. L’un des défis majeurs fut la gestion de l’espace dans un environnement urbain dense, ainsi que la proximité importante des habitations. Un site de forage nécessite typiquement 5 000 m² pour l’ensemble des installations ; ici, les équipes ont dû opérer sur une emprise d’environ 4 500 m². Pour minimiser les nuisances sonores, notamment lors de la phase de forage, il a été nécessaire d’utiliser une machine de forage électrique et d’installer un mur antibruit qui est resté en place 24 heures sur 24 pendant trois mois. Après le forage, la plateforme a été libérée pour laisser place à la construction du bâtiment.

Un bâtiment vert et actuel
Le bâtiment de la centrale lui-même est conçu pour être performant, sobre et durable. Il présente une forme volontairement compacte, occupant seulement 245 m² au sol, avec un niveau enterré. Cette conception, qui inclut une isolation phonique qui ne laisse entendre aucun bruit intérieur de l’extérieur, avait pour objectif de restituer un maximum d’espace public aux riverains (et de conserver la quiétude des habitations toutes proches). Pour qu’il se fasse oublier, ses murs seront bientôt végétalisés, favorisant le développement de la biodiversité locale. Des panneaux photovoltaïques en toiture renforcent la production énergétique locale et un espace pédagogique est prévu pour la transmission du savoir sur les énergies renouvelables et la construction de la ville durable, ouvert aux jeunes et aux aînés. Ce site se veut exemplaire par son approche avec le grand public mais aussi via sa combinaison de biomasse, de géothermie profonde et de gaz pour l’appoint/secours, renforçant la résilience énergétique du réseau.

L’extension stratégique vers Aubervilliers
Le développement de la nouvelle centrale soutient directement l’extension récente de 9 km de canalisations vers Aubervilliers. Grâce à cette géothermie profonde, 7 500 équivalents logements à Aubervilliers bénéficient désormais d’une chaleur locale, renouvelable et décarbonée. La part de l’énergie renouvelable pour cette extension vers Aubervilliers est assurée à 70 % par des énergies.

Pour assurer la distribution de chaleur, le réseau utilise des canalisations pré-isolées, qui sont enterrées. Ces canalisations, composées d’un tube en acier, d’une mousse polyuréthane isolante et d’une coque en polyéthylène, permettent de limiter la perte thermique entre C et C seulement, même entre le point de départ de la chaufferie et l’abonné le plus éloigné. La coque en polyéthylène joue un rôle de protection et empêche l’eau de pénétrer et de corroder les tubes.

Coûts et neutralité carbone
La nouvelle centrale géothermale est un levier majeur de la décarbonation du territoire, apportant des avantages mesurables à la fois sur le plan environnemental et socio-économique. La capacité de production de 45 000 MWh par an représente environ 13 % de la chaleur totale distribuée sur l’ensemble du réseau. Plus important encore, le projet permet d’éviter l’émission de 7 500 tonnes de par an, ce qui correspond à l’équivalent de 3 000 véhicules retirés de la circulation. L’une des promesses fondamentales de cette énergie locale est la réduction de la dépendance aux énergies fossiles et la stabilisation des prix pour les usagers. Le SMIREC et Plaine Commune, conscients que la transition énergétique ne peut être que juste, s’efforcent de maîtriser et de stabiliser le prix de l’énergie. Plaine Commune oblige d’ailleurs depuis 2021 les nouveaux bâtiments à se raccorder au réseau public, assurant ainsi aux habitants des prix constants variant très peu. D’ici cinq ans, le SMIREC vise à porter son taux d’énergie renouvelable à plus de 75 % dans son réseau. L’objectif est de desservir près de 85 000 équivalents logements à l’horizon 2030, contre 61 500 aujourd’hui. Par ailleurs, d’ici 2027, d’une troisième chaufferie biomasse et l’interconnexion du réseau au centre de valorisation énergétique du Syctom viendront renforcer cette dynamique et renforcer la souveraineté énergétique du territoire

Une aventure territoriale et collective
L’inauguration de la centrale géothermale du Fort de l’Est veut prouver que l’ambition écologique et industrielle peut se conjuguer pour produire une énergie décarbonée à coût maîtrisé, au service de l’intérêt général. En associant la biomasse, la géothermie profonde et la récupération de chaleur fatale, Saint-Denis et Plaine Commune ne se contentent pas de suivre la transition énergétique. Comme l’a déclaré Laurent Monnet (président du SMIREC), ce nouveau site n’est pas seulement une centrale, c’est une preuve concrète que « la transition énergétique peut être une aventure territoriale et collective, une réussite industrielle et écologique et une fierté partagée ».

Dans le contexte actuel où la protection des ressources naturelles et la réduction de la dépendance aux énergies fossiles sont impératives, cette réalisation montre qu’un territoire urbain dense peut s’appuyer sur ses propres ressources, et qu’une énergie locale peut éloigner la nécessité des énergies fossiles importées. Quant au gaz des chaufferies d’appoint, le syndicat réfléchis activement à la solution biométhane, un gaz renouvelable produit sur le territoire français.


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