La startup industrielle grenobloise Anodine franchit une étape décisive de son développement. Issue de plus de dix années de recherche académique au sein de l’Université Grenoble Alpes et du CNRS, la jeune pousse annonce une levée de fonds de 2,5 millions d’euros destinée à financer sa montée en puissance industrielle et à accélérer sa commercialisation. Mené par Sowefund et Grenoble Angels, ce tour de table réunit également des business angels privés, avec le soutien d’acteurs publics et bancaires majeurs tels que Bpifrance, la Banque Populaire Auvergne-Rhône-Alpes, le Crédit Agricole Sud Rhône Alpes et la SATT Linksium, cofondatrice de l’entreprise.
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Fondée en 2024, Anodine (SAS FuelSea) s’inscrit dans la lignée des deeptechs issues de l’écosystème scientifique grenoblois. Maturée et incubée par Linksium, la startup est aujourd’hui implantée au Tarmac et sur le campus de l’UGA. Son socle technologique, protégé par trois brevets, repose sur sa volonté de transformer l’usage de ressources rares grâce à une approche fondée sur la frugalité, la circularité et l’éco-conception.
L’enjeu est stratégique. Le procédé développé par Anodine vise à relocaliser en Europe un savoir-faire industriel aujourd’hui dominé par un duopole international produisant majoritairement en Chine, dans un contexte de tensions croissantes sur l’approvisionnement en métaux critiques.
Une technologie au service de la sobriété des ressources
Spécialisée dans les revêtements catalytiques pour électrodes métalliques à oxyde mixte (MMO), Anodine développe une technologie unique permettant de réduire de plus de 50 % l’utilisation de métaux rares, notamment le ruthénium, par rapport aux solutions conventionnelles.
Cette performance repose sur trois piliers technologiques complémentaires. D’abord, un procédé de fabrication innovant par dip-coating, fondé sur une expertise avancée en rhéologie, protégée par le secret industriel. Ensuite, des formulations brevetées intégrant plusieurs revêtements catalytiques plus sobres en métaux critiques. Enfin, un système de connexion démontable, exclusif, qui permet de désassembler les électrodes sans les détériorer, ouvrant la voie à leur recharge jusqu’à 100 %.
Ces innovations permettent non seulement de fabriquer des électrodes neuves, mais aussi de prolonger significativement leur durée de vie, un avantage économique et environnemental majeur pour les fabricants de systèmes de traitement de l’eau, principaux clients ciblés par la startup.
Accélérer l’industrialisation et l’accès au marché
Les fonds levés doivent permettre à Anodine d’entrer dans une phase clé : l’industrialisation de sa technologie et la structuration de ses relations commerciales. Les applications visées couvrent des secteurs stratégiques tels que le traitement de l’eau, l’électrolyse au sel, le nucléaire ou encore la dépollution des PFAS, autant de marchés où la sécurité d’approvisionnement et la sobriété des ressources deviennent critiques. « Cette première levée de fonds marque une étape clé pour Anodine. Notre approche fondée sur le bon sens et la frugalité nous permettra de réindustrialiser en France la production d’un composant stratégique aujourd’hui majoritairement fabriqué en Chine », souligne Damien Mouchel dit Leguerrier, CEO et cofondateur de la startup.
Du côté des investisseurs, le projet illustre le renouveau d’une industrie deeptech à impact, ancrée dans les territoires. « En soutenant Anodine, nous permettons à notre communauté d’investisseurs de participer au financement d’une innovation industrielle à fort potentiel », explique Benjamin Wattinne, cofondateur et CEO de Sowefund. Même constat pour Grenoble Angels, dont le président Philippe Rase salue « une équipe qui allie excellence technologique, ambition industrielle et engagement en faveur de la sobriété des ressources ».