Le cabinet Xerfi a commis à l'automne une intéressante étude sur le marché du commerce équitable, qui lui attribue une santé insolente : + 40 % de croissance entre 2005 et 2006, pour atteindre un chiffre d'affaires de 166 millions d'euros en France tous produits confondus. Le marché des produits alimentaires (café, thé, cacao, miel, quinoa, etc.) en reste la locomotive ; l'artisanat de décoration et le petit ameublement demeurent des valeurs sûres. « Mais de nouvelles filières ont pris leur essor en 2006, notamment le textile à base de coton équitable et des cosmétiques », relève l'étude. Ce faisant, cet élargissement accroît la vulnérabilité du secteur : « le textile étant plus sujet aux effets de mode, cette tendance risque de passer », note Xerfi. Heureusement, il y a la clientèle professionnelle : même si elle pèse moins lourd que la demande grand public, elle est plus solide car pour ces fournitures (par exemple les vêtements de travail en coton équitable), entreprises et collectivités s'engagent sur des contrats globaux pluriannuels.
« Les critères de développement durable et de commerce équitable figurent de plus en plus dans les cahiers des charges, surtout dans ceux que passent les grands comptes, puisqu'ils en ont besoin pour leur image et qu'ils ont des obligations en termes de responsabilité sociétale », constate ainsi Nicolas Saillard, dirigeant de Signaléthique, une jeune pousse lyonnaise spécialisée dans le cadeau d'affaires et l'objet de communication équitable pour les professionnels. La sacoche de conférence équitable, par exemple, fait un tabac. Le marché a également happé les collectivités locales. Problème toutefois : « cette clientèle passe des appels d'offre par lots de produits divers, or il est impossible de n'y répondre qu'avec des produits équitables », souligne Nicolas Saillard. Deux risques menacent le commerce équitable B2B : cantonner ces produits à de l'affichage, et brouiller le message écologique, le label équitable passant souvent pour une garantie de réduction d'impact environnemental, ce qu'il n'est pas. Sur ce point, l'étude de Xerfi est claire : « Les acteurs du mouvement doivent expliquer plus précisément ce qu'est le commerce équitable. »