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[Tribune] Le compte carbone industriel, voire individuel : une nécessité légitime face à l'enjeu climatique

[Tribune] Le compte carbone industriel, voire individuel : une nécessité légitime face à l'enjeu climatique
Par Claire Laurent et Camille Villard, consultants Square, le 2 juillet 2020.
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Alors que la crise sanitaire liée au Covid-19 remet en question nos modèles économiques, Claire Laurent et Camille Villard, tous deux consultants pour le cabinet Square, estiment qu’il faudrait créer "un compte carbone pour les entreprises et les individus pour garantir une solidarité climatique plus efficace et plus juste​".

Le Covid-19 aura mis en exergue plusieurs faiblesses de nos modèles économiques. Cette crise sanitaire, dont l’impact économique va s’inscrire sur la durée, est à mettre en parallèle avec une éventuelle crise climatique future. En effet, toutes deux sont systémiques - leurs impacts ne tiennent pas compte des frontières, non-stationnaires - les analyses passées du marché ne suffisent pas pour faire des projections, et non linéaires - leurs conséquences socio-économiques sont disproportionnées à l’image du dépassement des capacités d’accueil des hôpitaux.

Afin d’éviter de revivre un scénario similaire voire plus lourd de conséquences, il devient urgent d’accentuer les actions de transition écologique. Le pilotage des émissions carbone reste aujourd’hui marginal pour de nombreux acteurs industriels. Le compte carbone par entreprise, et même individuel, serait un outil de pilotage pertinent. 

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Le compte carbone par entreprise, un nouveau pas en avant après le bilan carbone 

Depuis la loi Grenelle II de juillet 2010, le bilan carbone, aussi appelé “bilan GES Réglementaire” (GES pour Gaz à Effet de Serre) est obligatoire pour les entreprises privées de plus de 500 salariés, mais sur un périmètre restreint (sans la prise en compte d’une partie des émissions « indirectes »). De nombreux industriels se sont lancés dans l’exercice du bilan carbone avec plus ou moins d’ambition. Danone mesure, par exemple, l’ensemble des émissions directes et indirectes liées à son activité mondiale avec comme objectif la neutralité carbone en 2050 (sa marque Evian étant, depuis avril 2020, certifiée neutre en carbone). En revanche, de nombreuses entreprises ne sont pas encore capables de fournir un bilan carbone mature et représentatif de leurs activités. 

Et si la réglementation allait plus loin ? Pourquoi ne pas imaginer un “compte carbone par entreprise” obligatoire pour toutes les entreprises et pour l’ensemble des émissions directes comme indirectes ? Les entreprises devront alors se doter de systèmes de calcul adaptés. Elles s’appuieront sur des données dites primaires, représentant les émissions spécifiques à une activité. Ou elles auront recours à des données secondaires, issues de modèles statistiques (comme les EEIO, Environmentally - extended input output) estimant, pour une activité, l’énergie nécessaire ou les émissions de GES associées. Elles pourront également se faire aider par des entreprises d’audit, de conseil ou même par des institutions financières pour la mesure, le pilotage voire le contrôle de leurs comptes carbones. L’administration fiscale pourra, sous condition d’un modèle normé, établir un système de bonus/malus selon le niveau de ces émissions. Dans un tel scénario, la Supply Chain, par sa transversalité sur l’ensemble de la chaîne de valeur, se présente comme la fonction la plus à même pour piloter l’évolution du compte carbone pour les industries et mener les plans d’actions de diminution des impacts carbone. 

La Supply Chain au cœur des calculs pour le compte carbone 

Actuellement le bilan carbone est calculé via le prisme de trois scopes : le scope 1 pour les émissions directes occasionnées par les actifs dont l’entreprise est propriétaire, le scope 2 pour les émissions associées à la production d’électricité, de chaleur etc. et le scope 3 pour les émissions indirectes survenues en amont ou en aval des activités de l’entreprise. Cette notion de scope permet à chaque entreprise de catégoriser ses émissions selon qu’elles soient directes ou non. En revanche, elle ne permet pas la comparaison entres les entreprises d’un même secteur. Par exemple, selon que l’entreprise sous-traite ou soit propriétaire de ses usines, les émissions équivalentes seront applicables aux scopes 1-2 ou 3, rendant complexe la comparaison entre deux acteurs industriels selon leurs politiques de « make or buy ». 

La Supply Chain peut, elle, proposer un socle comparable pour l’industrie. En effet, toute Supply Chain, qu’elle soit locale ou globale, unique ou diversifiée, suit des étapes homogènes sur l’ensemble de sa chaîne de valeur : l’amont avec l’approvisionnement de matières premières, la production, l’assemblage et le transport vers les centres de distribution; l’aval avec la distribution vers les magasins ou clients finaux, l’utilisation et la fin de vie du produit. La décomposition du compte carbone entreprise selon ces composantes permettra également de mieux évaluer l’impact des projets de transformation dans le cadre de la transition écologique et d’accompagner la décarbonisation d’une l’activité. Pour atteindre la neutralité carbone, Evian a travaillé sur le design de ses bouteilles pour diminuer le besoin en emballages, et vise une fabrication à partir de matière 100% recyclée, d’ici 2025. Coté production, le site d’embouteillage est alimenté en énergie renouvelables, permettant une réduction des émissions carbone de plus de 90% entre 2015 et 2020. Pour le transport, la marque a engagé une transition via le ferroviaire (50% de leurs produits sont acheminés par train). 

Le calcul fiable du compte carbone entreprise par la Supply Chain nécessite cependant certaines transformations au sein même de cette fonction. La première transformation est la mise en place d’un pilotage transverse et transparent plus abouti entre les différents services internes, inspiré des principes du S&OP, sales and operation planning (ou en tant que module du S&OP) mais aussi avec les fournisseurs et les prestataires afin de travailler avec eux la récolte de données fiables (comme le S&OP élargi). Il sera aussi indispensable de concilier la vision des priorités stratégiques des entreprises et des Supply Chains avec les objectifs environnementaux fixés et d’encourager les efforts de digitalisation pour mesurer et collecter la donnée sur les divers processus. Ce faisant, la Supply Chain permettra de connaître les émissions carbone correspondant à chaque bien de consommation et les impacts estimés des plans d’action en cours ou à lancer. Pourquoi alors ne pas pousser le scénario plus loin, en considérant un compte carbone individuel, soumis lui-même à des règles fiscales dont l’Etat serait décisionnaire ? 

Le compte carbone individuel, une nécessité pour éviter le dérèglement climatique 

Rappelons le, en 2015 à Paris, plusieurs pays s’accordent sur le besoin urgent de mener des actions pour limiter le réchauffement planétaire à 2°C maximum d’ici 2050. Aujourd’hui, ces efforts sont loin d’être suffisants. En France en moyenne, une personne est responsable 
de douze tonnes d’équivalent carbone par an. D’après l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), la première source d’émissions individuelles est le transport avec deux tonnes d’équivalent carbone en moyenne, ce qui représente deux allers-retours Paris-New York en avion. Les émissions liées à l’alimentation sont également en bonne place dans ce classement à cause, notamment, du poisson et de la viande. Les nouvelles technologies, quant à elles, sont la catégorie qui augmente le plus dangereusement. Pour respecter l’Accord de Paris, les émissions devraient être de deux tonnes par individu. Limitons notre consommation de viande, arrêtons les achats impulsifs, privilégions les vacances locales afin de diminuer nos trajets aériens. Certes, mais il faudrait aussi pouvoir connaître le coût carbone des produits. La mesure est indispensable au pilotage des améliorations. 

La SNCF indique déjà sur ses billets les émissions correspondant au trajet acheté. L’industrie des télécommunications aura pour obligation dès 2022 d’afficher, sur les factures téléphone et internet, l’équivalent carbone de la consommation digitale de chacun. De la même manière, les émissions carbones correspondant à un bien de consommation devraient être affichées sur chaque produit et/ou sur chaque facture. En effet toute entreprise industrielle, via sa Supply Chain et son compte carbone entreprise, sera en mesure d’associer cette équivalence. Des initiatives ont été lancées dans ce sens. En février 2020, des acteurs de l’industrie textile ont sollicité le gouvernement pour la mise en place d’une notation environnementale pour leurs produits, similaire au Nutriscore pour l’alimentaire. Décathlon propose déjà ce type de notation sur certaines de ses gammes de produits. Chaque individu pourra connaître sa consommation individuelle. 

Oui à un compte carbone entreprise ! Oui à un compte carbone individuel ! Mais finalement l’Etat est-il légitime dans la mise en place de tels comptes carbone ? Encore oui ! En 1841, l’Etat français réglemente pour la première fois le travail en faisant passer une loi pour réduire l’employabilité des mineurs au seins des entreprises industrielles. En 1914, face aux moyens nécessaires pour financer la guerre, l’État français met en place un impôt progressif sur les revenus en recensant pour la première fois les revenus de tous les citoyens. Depuis le début du XXème siècle quasiment personne ne croyait à sa mise en œuvre, l’approche de la guerre l’a permis. Ces décisions, remises en cause en leur temps, sont aujourd’hui évidentes voire indispensables. Pourquoi alors ne pas imaginer qu’en 2020, l’Etat français puisse mettre en place des comptes carbone pour les entreprises et les individus pour garantir une solidarité climatique plus efficace et plus juste ?

Claire Laurent et Camille Villard, consultants Square / DR
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