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POLLUTIONS

Quelles compétences pour monter un jury de nez ?

LA RÉDACTION, LE 1er JANVIER 2009
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Un nez humain sera toujours plus efficace qu'une machine pour détecter et mesurer les odeurs. D'où l'intérêt des jurys de nez autour des sites industriels sources de nuisances olfactives. Mais cette approche ne doit surtout pas être un alibi. « Le jury ne doit pas être perçu comme un moyen de faire patienter les citoyens », prévient Lionel Pourtier, directeur du pôle pollution atmosphérique et odeurs de Guigues Environnement (ex-EOG). Pour cela, il faut commencer par définir un objectif d'amélioration et effectuer un travail préalable sur le site. « L'inventaire des sources principales d'odeurs débouche sur la mise en oeuvre de premières solutions évidentes », commente Lionel Pourtier. Le jury de nez intervient ensuite pour identifier des problèmes résiduels. Cette démarche impose l'implication de tous les acteurs locaux : Drire, communes, mais surtout les opérateurs concernés. « C'est un facteur-clé de réussite que les industriels s'engagent dans le projet. Nous leur faisons d'ailleurs signer une convention », explique Céline Léger, chargée d'études odeurs chez Air Normand où cinq réseaux de nez sont opérationnels. « Il faut que tout le monde soit d'accord sur les objectifs à atteindre et sur la méthode retenue », précise la spécialiste normande. « Ce partenariat avec l'industriel est également indispensable pour des questions techniques. On a besoin de l'empreinte olfactive du site pour mieux former les volontaires », ajoute Christine Yiannaki, responsable de la mission Agenda 21 de la communauté d'agglomération d'Amiens Métropole. Lionel Pourtier va même plus loin dans cette exigence. « Notre objectif est d'établir une relation de cause à effet entre des événements ponctuels se déroulant sur le site et la gêne ressentie. L'industriel doit donc enregistrer précisément le fonctionnement de son site. » La météo complète ensuite les données disponibles. Reste à activer un réseau de nez, et à le former. On peut, bien sûr, disposer d'un réseau spontané de volontaires prêts à signaler une odeur anormale, mais ces alertes resteront subjectives. Mais si sélection il y a, elle ne repose pas sur les capacités olfactives, « tout le monde a du nez », aime à rappeler Lionel Pourtier. « Nous disposons cependant d'une carte d'identité de chaque nez intégrant le seuil de détection de chacun », précise Céline Léger. La constitution se fait donc sur la base du volontariat, éventuellement en puisant dans le fichier des plaintes. Et pas question d'écarter les râleurs, bien au contraire. Le maillage doit ensuite être représentatif de l'habitat, mais surtout les gens doivent être motivés pour fournir une observation deux fois par jour, voire des alertes complémentaires. « La formation est un investissement et l'action se situe dans la durée. Il ne s'agit pas que les volontaires lâchent en cours de route », explique Christine Yiannaki, à Amiens. Tous redoublent donc d'attention pour conserver une dynamique de groupe. « Cela passe par des séances de révision sur la reconnaissance des odeurs, des visites de sites et des actions plus ludiques comme une compétition de nez ou des initiations à la dégustation de vins ou de fromages », illustre Céline Léger. « Bien sûr, nous intégrons aussi les membres du réseau au comité de pilotage de l'opération, avec les industriels et les autorités », ajoute Christine Yiannaki. Le plus simple, c'est que les membres du jury constatent des résultats. Ce n'est pas toujours facile quand les campagnes de relevés sont longues. « Mais cela peut aussi être très rapide », revendique Lionel Pourtier. Car si l'on repère une odeur caractéristique à une heure donnée, on peut vite faire le lien avec une opération précise sur le site et trouver des solutions simples : le retournement d'un andain trop vieux, un dépotage sous le vent. C'est pourquoi, l'expert de Guigues Environnement préconise une méthode de formation basée sur les odeurs du site surveillé, exprimée en langage courant. « C'est l'expert qui traduira la notion d'odeurs de biogaz, de compost, de vase, etc., en termes techniques et chimiques. » Une stratégie qui n'est pas partagée par tous. En Normandie ou à Amiens, la méthode choisie est celle préconisée par IAP Sentic, appelée le « champ des odeurs ». Les bénévoles sont formés à la reconnaissance des molécules et leur intensité, avec une accentuation sur les odeurs propres au site. « C'est une méthode très complète et très valorisante pour les volontaires », souligne Céline Léger. L'essentiel, quelle que soit la méthode, réside dans la crédibilité des résultats aux yeux des différents partenaires. D'où l'intérêt majeur d'un troisième intervenant entre citoyen et industriel. Cela peut être une société qui aura les moyens d'assister l'industriel dans le choix de solutions ou un réseau de surveillance de la qualité de l'air tel qu'Air normand ou Atmo Picardie, qui a pris le relais opérationnel sur Amiens. « On joue le rôle de médiateur, en facilitant le dialogue entre habitants et autres institutions », estime Céline Léger. Et cette médiation fait office de communication. « Sous réserve de ne pas vendre l'idée du zéro nuisance, mais bien celle de l'amélioration continue », conclut-elle.


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