Le photovoltaïque passerait-il du stade artisanal au stade industriel ? C'est l'impression qui se dégage au vu des projets d'usines de silicium qui voient le jour. Des installations très attendues : la grande majorité des panneaux photovoltaïques sont constitués de silicium cristallin ou polycristallin. Le cristal doit y être suffisamment pur pour éviter les chutes sévères de rendement. Jusqu'à présent, l'industrie du photovoltaïque se contentait des rebuts de l'électronique. Celle-ci utilise du silicium d'une grande pureté, et la qualité de ses déchets était amplement suffisante pour le solaire. Mais ces rebuts se font de plus en plus rares, tandis que la production de panneaux photovoltaïques connaît une croissance sans précédent. On assiste donc à une pénurie, qui augmente le coût des panneaux et freine le développement de la filière.
D'où l'intérêt du projet d'usine de silicium « de qualité photovoltaïque », porté par Photon Power Technology (PTT), une société créée pour l'occasion, alliée aux compagnies Ecoconcern et Norsun. Pressentie sur le site d'Arkema, à Saint-Auban (Alpes-de-Haute-Provence), cette usine de 250 millions d'euros pour une capacité annuelle de 2 000 à 3 000 tonnes pourrait voir le jour en 2008. Mais le consortium fait monter les enchères : « Nous souhaitons obtenir des garanties sur les mesures d'aide à l'investissement et sur le coût de l'électricité, qui sera notre premier poste de dépense », justifie Philippe Veyan, P-DG de PTT. Néanmoins, le site de Saint-Auban semble bien placé car il offre de nombreux avantages. Déjà classé Seveso, ce qui faciliterait les autorisations futures, il dispose des infrastructures nécessaires et des compétences en chimie. Enfin, l'usine de silicium pourrait utiliser l'acide chlorhydrique et l'hydrogène produits sur place par Arkema.
Débouchés assurés
Cette usine sera la première spécialement conçue pour le silicium photovoltaïque (les autres ont d'abord été prévues pour le silicium électronique, avant d'être éventuellement adaptées). La matière première, le silicium de qualité métallurgique, est purifiée par des techniques chimiques et électrométallurgiques : il réagit avec l'acide chlorhydrique pour former du trichlorosilane, un gaz ultrapur contenant du silicium. Celui-ci vient se déposer sur des filaments de silicium pour former des barreaux très purs. « Le principe n'est pas nouveau, mais nous améliorons les rendements de conversion, diminuons la consommation énergétique et augmentons la pureté », indique Philippe Veylan. Pour Éric Laborde, P-DG de Photowatt, « c'est un beau projet, l'un des plus accomplis. Ses concepteurs ont du métier et s'appuient sur une industrie chimique existante. »
D'autres usines de ce type sont prévues, en Espagne et en Corée notamment. Mais cette concurrence ne devrait pas être gênante. « La pénurie de silicium durera au moins jusqu'en 2009, estime Philippe Veyan. Puis plusieurs usines comme la nôtre verront le jour, mais la demande persistera du fait de la croissance du marché du photovoltaïque. Nous n'avons pas d'inquiétudes sur les débouchés, au moins jusqu'en 2015. » Après cette date, des panneaux basés sur d'autres matériaux pourraient apparaître.